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28/04/2012

L'Espagne est très malade. Sa fièvre sociale est montée à 24% de chômeurs et 22% d'Espagnols vivent sous le seuil de pauvreté. Pour tout remède contre cette fièvre, le docteur Rajoy prescrit de nouvelles mesures d'austérité.

L'Espagne dans la spirale infernale de l'austérité et de la récession

Paul White/AP/SIPA

 
27.04.2012 | 14:38

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L'Espagne s'enlise dans la crise et la récession. Un Espagnol sur quatre est au chômage et Standard & Poor's dégrade une nouvelle fois l'Espagne. Le pays est confronté à une "crise de proportions immenses" aux conséquences "terribles", dixit le gouvernement. Radiographie, chiffres à l'appui, d'un pays malade de la crise et de l'austérité.

Le taux de chômage en Espagne a atteint 24% au premier trimestre, son plus haut niveau depuis le début des années 1990. Dans une économie en récession, la consommation ne cesse de diminuer depuis… 21 mois d'affilée. Une descente aux enfers résumée en quelques mots sans appel par le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Garcia-Margallo, ce matin:

Les chiffres sont terribles pour tout le monde et terribles pour le gouvernement (...) L'Espagne est dans une crise de proportions immenses".

Et la situation ne peut qu'empirer alors que le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy coupe, de semaine en semaine, à la hache dans tous les budgets publics. Les mesures d'économies budgétaires atteignent déjà 42 milliards d'euros cette année, réduisant à néant tout espoir de retour à la croissance.

Et, comme toujours, les agences de notation donnent le coup de grâce. Cette fois, Standard & Poor's a dégainé la première: elle a abaissé jeudi la note de la dette souveraine espagnole de "A" à "BBB+" avec "perspective négative", évoquant "des risques de dérapages budgétaires susceptibles d'être plus importants que prévu". Autrement dit, l'agence invite Madrid à appuyer encore un peu plus fort sur la pédale de frein en rajoutant une louche d'austérité.

Ceci alors que la pauvreté ne cesse de progresser en Espagne. Une exclusion qui met à mal sa cohésion sociale. La série de publications rendues publiques fin février par l’ONG Caritas et la Fondation FOESSA plaquent sur les chiffres de la crise espagnole les sombres réalités sociales qu'ils impliquent. Le secrétaire général de Caritas, Sebastián Mora, dresse le portrait d’un pays touché de pleine fouet par "une pauvreté plus étendue, plus intense, et plus chronique", frappant "une société qui tourne toujours un peu plus à deux vitesses".

Nous ne parlons plus de situations de pauvreté passagères, mais d’années passées sous le seuil de pauvreté, y compris pour des gens qui ont un emploi et continuent comme 'travailleurs pauvres'."

Aujourd’hui, l’Espagne doit encaisser un niveau de pauvreté parmi les plus élevés de l’UE27 : 21,8%, selon cette étude, soit plus d’un Espagnol sur cinq vivant sous le seuil de pauvreté. Un chiffre semblable aux deux pays dont les populations sont les plus démunies de l’UE, la Roumanie (21,1%) et la Lettonie (21,3%) [Eurostat]. Juste au dessus du fatidique "seuil" de pauvreté, le "risque" de pauvreté (autre indice de l’exclusion) concerne, cette fois, quelque 11,7 millions de personnes en Espagne: un quart de la population (25,5%).

Et la courbe descendante est dangereusement régulière. Les Espagnols ont ainsi perdu 4% de revenus entre 2007 et 2010. La société espagnole se paupérise et se polarise. Sur la même période, l’écart de revenu entre les 20% les plus riches et les 20% les plus pauvres a progressé en Espagne comme nulle part ailleurs en Europe.

Tout en bas de l’échelle, 3,3% des foyers ne recevaient, à la fin 2011, aucun revenu: ni salaire, ni allocation chômage, ni prestation sociale. 580.000 foyer, c’est une augmentation de 34% par rapport à l’avant crise économique.

Les disparités entre les régions se creusent également. A titre d’exemple, l’étude cite celui, édifiant, de deux communautés autonomes espagnoles, de Navarre (Nord) et d’Estrémadure (Sud Ouest) : en 2010, la première affiche un niveau de pauvreté de 7,3% quand la seconde pointe à 38,2%.

Et l’étude de rappeler les tristes records nationaux : le taux de chômage le plus élevé d’Europe avec, selon les chiffres publiés ce matin, 24% au premier trimestre, surtout chez les jeunes (plus de 50%), une contraction du PIB de 1% prévue en 2012...

Depuis le 23 février, Madrid reçoit d’ailleurs la visite des fonctionnaires de la Commission européenne ont été détachés à Madrid. Ils sont chargés de l’aider à réorienter les fonds structurels vers l’emploi des jeunes, l’urgence nationale.

L’Espagne peut en effet compter sur 10 milliards d’euros qu'elle n'a pas dépensés, émanant de l’UE (FEDER, FSE, fonds de cohésion), et que la Commission aimerait voir sagement employés.

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