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30/04/2012

En Chine, la situation est grave, outre les critères socio-économiques et la bulle immobilière, la corruption secoue le pays dans son ensemble. Par le passé, la corruption était la cause de la chute des dynasties chinoises.

La fin de Bo Xilai

30.04.2012, 05:11

La fin de Bo Xilai

Photo: EPA
 
     
Dans une interview exclusive accordée à Voix de la Russie, Gordon Chang l’auteur du livre Coming Collapse of China, a parlé du scandale compliqué qui s’est emparé de la scène politique chinoise. Le résultat de ce scandale, ce n’est pas uniquement la chute de l’ex leader du parti communiste Bo Xilai, mais aussi la divulgation de nombreux cas de corruption dans toutes les fractions du gouvernement.

Voix de la Russie : L’intrigue politique complexe, dans laquelle il est difficile de croire, a été la cause de la chute de l'ancien chef de Parti communiste chinois (PCC) Bo Xilai. Il n’y a pas si longtemps, il était l’exemple de la nouvelle génération des leaders du parti, mais aujourd’hui, il est accusé d'implication dans des tortures et assassinats, et des relations avec l’ex chef de la police chinoise, qui est en train de demander l’asile politique aux Etats-Unis. Cette affaire a attiré l’attention des médias en raison de son lien avec le meurtre mystérieux de l’homme d'affaires britannique Neal Heywood. Et l’enquête qui a suivi ce meurtre s’est transformée en un l’un des plus grands scandales politiques dans l’histoire de la Chine. Est-ce que le gouvernement chinois savait que Bo Xilai était corrompu ? Pourquoi essaie-t-il de l’enlever ?

Gordon Chang : Les leaders du Parti communiste sont dans un état de lutte permanente pour le pouvoir. Cette année, les dirigeants de la quatrième génération, à la tête desquels se trouvent Hu Jintao, devront transférer le pouvoir à la cinquième génération, qui devrait être sous l’autorité de Xi Jiping. En liaison de ce changement au pouvoir, qui ce passe une fois en dix ans, les leaders du parti communiste sont en train de faire opposition les uns aux autres dans une lutte qui est devenue beaucoup plus importante qu’avant. Bo Xilai bénéficiait d’un fort soutien politique, ce qui lui permettrait de devenir le membre permanent du Comité du Bureau politique regroupant tous les dirigeants politiques de la Chine. Mais tout le monde n’était pas satisfait de sa candidature, et il a été décidé de le renverser. C’est pourquoi des détails de la vie privée de Bo Xilai, celles de sa femme et les circonstances de la mort de Neil Heywood, ainsi que d’autres éléments de ce scandale ont été remontés à la surface récemment.

VdlR: Bo Xilai est un « successeur ». Pourriez-vous expliquer ce que cela signifie et pourquoi cet aspect est important dans cette affaire ?

G.C. : « L'héritier », c’est un descendant des premiers dirigeants de la République populaire de Chine. Le père de Bo, Bo Yibo était un membre des « huit immortels » de la RPC. Ces « héritiers » composent l’une des fractions du PCC. Parmi les autres fractions, il y a le « groupe de Shanghai », à la tête duquel se trouve Jiang Zemin et la fraction de l’Union de la jeunesse dirigée par Hu Jintao, le leader actuel. Ces « héritiers » sont un groupe informel, peut-être pas vraiment uni, mais représentant toutefois une certaine importance, car Xi Jiping, qui est un « héritier », risque de devenir à la fin de l’année le prochain leader de la Chine. C’est pourquoi l’attention de l’opinion publique est orientée en direction de la fraction des « héritiers ».

VdlR : Est-ce que la corruption est présente au sein de la fraction des « héritiers » ?

G.C.: Oui, comme dans toutes les autres fractions. À l'heure actuelle le problème du Parti communiste, c'est que la corruption est hors de contrôle, car il y a trop d'argent en Chine en raison de la croissance rapide de l'économie. Cela a à son tour pour effet de détourner les gens du gouvernement. Il s’agit d’un problème réel, car par le passé la corruption était la cause de la chute des dynasties chinoises, et aujourd'hui, il semblerait que l'histoire se répète. Selon certaines informations, c’est Gu Kailai, l’épouse de Bo Xilai qui a tué l’homem d’affaires Neil Heywood parce qu’il demandait une part trop importante pour les virements de sommes conséquentes à l’étranger. J’ignore si cette information est vraie, et c’est possible qu’elle soit même fausse, mais la population chinoise lit ces détails dans la presse chaque jour. Cela a un impact très négatif sur la réputation du Parti communiste.

VdlR : Bo Xilai a également participé aux activités de l'armée. Pourriez-vous expliquer comment l’affaire Bo risque d’affecter la divulgation des informations sur la corruption dans l'Armée populaire de libération (APL) ?

G.C. : La femme de Bo Xilai est une fille de général, et sa famille est impliquée dans la corruption au sein de l’APL. La corruption est présente dans chaque structure gouvernementale et l’armée nationale de libération n’a pas pu échapper à ce sort. C’est pourquoi nous assistons aujourd’hui au développement des scandales liés à la corruption parmi les militaires. Et Bo Xilai a ses relations au sein de l’APL. Une semaine après que ce scandale a éclaté, il s’est rendu dans la province de Hunan, où se trouve l’état-major de la 14ème division de l’APL. C’est certain que malgré les appels de Hu Jintao à l’armée, celle-ci agira toujours dans les intérêts de celui à qui elle voue une certaine loyauté. Et surtout dans le contexte des trois coups d'Etat de cette année, qui auraient eu lieu au sein du PCC selon certaines sources.

VdlR : Bo a dépensé des millions pour construire des logements à petit budget, il soutenait les personnes avec des faibles revenus et luttait contre la corruption. Bénéficie-t-il d’un soutien populaire et que dit la population sur ce scandale ?

G.C : Bo est très populaire, parce qu'il a fait beaucoup plus pour les catégories pauvres de la population que les autres. Je ne veux pas dire qu'il était un vrai réformateur, ou que d'autres dirigeants du Parti communiste n'ont pas cherché à soutenir les pauvres. Mais Bo a fait plus que les autres, et c’est la raison pour laquelle il est extrêmement populaire parmi la population. Beaucoup de Chinois sont attristés par le fait que les autres dirigeants tentent de l'éliminer, ce qui signifie que les récentes manifestations en son soutien à Chongqing pourraient se répéter dans d'autres régions.

VdlR : Pensez-vous que les protestations de masse comme celle de la place Tiananmen sont possibles aujourd’hui ?

G.C. : Oui, et je ne suis pas le seul à penser ainsi. Les plus grands analystes chinois parlent aussi du risque de manifestations de masse dans le pays. Cela est assez surprenant, car il y a quelques mois, ils ont également affirmé que les changements auront lieu de manière pacifique et que le PCC a déjà pris une décision définitive. Il est étonnant de voir la réévaluation de l'importance de l'instabilité sociale. Je ne dis pas que les manifestations auront lieu, mais je suis sûr qu'elles sont probables. Toutes les rumeurs ne font qu'aggraver le manque de confiance dans le Parti communiste chinois. Bo et ses partisans ont toutes les raisons d'attaquer leurs adversaires.

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