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20/05/2012

Le ministre des affaires étrangères de Roumanie est victime d'une chasse aux sorcières de l'intelligentsia institutionnelle pour son amitié avec un Russe. Alors que le nouveau gouvernement remplace celui qui dut démissionner sous les pressions de la rue.

Les opposants au rapprochement avec la Russie s’en prennent au chef de la diplomatie roumaine

Valentin Myndrechescu
19.05.2012, 13:19

Les opposants au rapprochement avec la Russie s’en prennent au chef de la diplomatie roumaine

© Collage: «Voix de la Russie»
     

Le nouveau ministre roumain des Affaires étrangères Andrei Marga a pris ses fonctions le 7 mai dernier après un énorme scandale politique. Lors de son premier discours devant la Commission parlementaire sur les questions de la politique extérieure, il a loué les qualités professionnelles du président russe Vladimir Poutine et a exprimé son espoir du développement des relations russo-roumaines.

« Poutine est un homme politique très compétent. Ce serait bien si les dirigeants en Europe étaient aussi compétents ... Nous avons beaucoup d'accords avec la Russie, mais ils ne sont pas appliqués. Nous devons faire en sorte que la population de la Russie puisse connaître la Roumanie actuelle, et les Roumains en apprennent davantage sur la Russie moderne. La Russie a de nombreux préjugés sur la Roumanie, et vice versa ».

Le sénateur Sever Voinescu, politicien de droite qui représente le Parti libéral-démocrate (PDL) et soutient traditionnellement le président Traian Băsescu, a critiqué le discours du ministre des Affaires étrangères. Il a dit que « le ministre a exprimé son admiration pour la Russie et la Chine» et n’a dit qu’«une seule phrase » sur les relations avec les États-Unis.

Les déclarations du nouveau ministre des Affaires étrangères sont à l'opposé de la composante traditionnelle anti-russe dans la politique étrangère officielle de Bucarest, qui a accepté notamment le déploiement des systèmes de défense antimissile européen sur le territoire roumain.

Le sociologue Sebastian Lăzăroiu, un homme proche du président Traian Băsescu, a affirmé dans son blog qu’Andrei Marga était un collaborateur de la Securitate, les services secrets de Nicolae Ceausescu. Lăzăroiu a demandé une enquête urgente, bien que la Commission nationale pour l'étude des Archives de la sécurité de l'État ait déjà confirmé officiellement que Marga n'a pas collaboré avec la Securitate. Après la publication des nombreux médias roumains des allégations portées contre le ministre, le chef de la Commission s’est vite adapté à la conjoncture politique et a affirmé qu’il est possible que « toutes les archives n’aient pas été étudiées », ajoutant que la Commission examinera une nouvelle fois ces documents.

Les adversaires du rapprochement avec la Russie ne se sont pas arrêtés à cela pas là, et lundi dernier, de nouvelles allégations ont été publiées dans la presse. Plusieurs journaux ont publié des documents, qui indiquent une possible collaboration avec d’Andrei Marga avec les services secrets russes. Les «preuves» de ces accusations méritent une analyse séparée.

Ainsi, lors des auditions parlementaires, Andrei Marga, l'ancien ministre de l'éducation de la Roumanie, a déclaré qu'il est l’ami du recteur de l'Université russe de l’Amitié des Peuples Vladimir Filippov. Désormais, les journalistes qui sont contre le rapprochement de la Russie avec la Roumanie utilisent cet argument contre lui. Le « célèbre analyste moldave » Petru Bogatu a déclaré que l’université russe fonctionne sous le patronage du Service des renseignement militaire russe (GRU). Bogatu se réfère à une publication du journaliste russe Mark Deutch, dans les années 1990, qui a découvert lors d’une enquête que « Vladimir Filippov aurait été un admirateur du GRU ».

Se basant sur cette publication, la presse roumaine, proche du président Basescu, conclut que le Ministère des Affaires étrangères de la Roumanie est contrôlé par un agent de Moscou. Un autre détail intéressant de la situation - la presse pro-gouvernementale, habituée à se battre jusqu'à la fin pour l'image de «ses» hommes politiques, et les soutient même dans des cas où ils sont accusés de corruption ou d’autres crimes. Andrei Marga est soumis à des attaques basées uniquement sur les stéréotypes antirusses, mais personne ne le défend.

Le premier-ministre Victor Ponta se dépêche à rassurer les journalistes et l'opinion publique en affirmant que «les principaux partenaires de la Roumanie sont les États-Unis, l'Union européenne et l'OTAN », notant qu'il « admire non pas Poutine, mais Tony Blair ».

Ainsi, le seul homme politique roumain qui a publiquement exprimé son espoir de l'amélioration des relations avec la Russie, s’est retrouvé dans une isolation complète. Il reste à espérer qu’Andrei Marga aura suffisamment de forces pour influencer positivement la politique étrangère de la Roumanie, en dépit de l'opposition, à laquelle il est confronté.

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