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24/05/2012

L'illégitimité garantie par les Droits de l'Homme. Le cynisme à son comble depuis les opérations en Libye, puis en Syrie et maintenant au Liban dans lequel l'Occident voudrait voir s'installer une nouvelle guerre civile, puisqu'ils ont raté la syrienne.

De la Syrie au Liban, en toute illégitimité

24/05/2012

Des indications de diverses sources ou évaluations montrent qu’un effort de déstabilisation est en cours vers le Liban, à partir de la Syrie, du fait des “forces” qui sont intervenues contre Assad à partir de l’extérieur, avec l’aide du bloc BAO et des pays arabes activistes (Qatar et Arabie). Les hypothèses sont nuancées ou accompagnées de précisions différentes, mais s’accordent sur le sens géographique du mouvement en cours, directement généré par un échec dans la phase actuelle pour renverser le gouvernement syrien.

Nous citons ici une interview de l’historien US Webster Griffin Tarpley et des sources officielles russes (ministère des affaires étrangères) extrêmement précises. On verra que toutes deux observent que les efforts en cours de déstabilisation de la Syrie semblent marquer le pas, ce qui explique le mouvement vers le Libabn.

• L’interview de Webster Griffin Tarpley est diffusée le 23 mai 2012 sur PressTV.com. La première question concerne effectivement le Liban, à partir de la visite dans le Nord de ce pays du sénateur Lieberman, un des plus bellicistes de tous les parlementaires US, avec ses compagnons de route Lindsey Graham et John McCain. Nous donnons la réponse complète de Tarpley à la première question («Mr. Tarpley, US Congressman Joseph Lieberman has visited the northern Lebanese region. He has met with al-Mustaqbal MPs and also Syrian refugees there. What basically are these visits about?»). On s’attachera essentiellement à la dernière partie (dernier paragraphe) de sa réponse.

«Lieberman has said that the Obama regime is now inching closer to an attack on Syria; there are some indications, we have some changes in the National Security Council, some warmongers have moved up, some people who were not so sure have moved down and we have also got an article in the Washington Post a couple of days ago, trying to build the case that the Syrian alleged chemical weapons stocks of nerve gas and … have to be seized. So, if Syria seems to be in danger of disintegrating, the US and NATO forces would rush in and seize areas perhaps as large as a province.

»But I think we should focus on this northern Lebanon story. I see here the hand of NATO not the Syrian government at all, this is NATO. We have had Geoffrey Feltman, the US undersecretary or assistant secretary for the Middle East in negotiations with people in the Lebanese government. The United States would like to get a base in northern Lebanon, they liked to have Tripoli and they would like to have a military airfield. There is an underused airport near Tripoli which would be perfect for this purpose; that would then allow them to pursue aggressive designs vis-à-vis Syria, it would also allow them to counteract the Russian naval base at [the Syrian port of] Tartus.

»So it seems to me we have got a situation where because of the election in Syria with the 51 percent turnout, because of the fact that the opposition, the Syrian Free Army, is obviously terrorists, right? They are using terrorist tactics. Because of the Syrian Nation Council’s breaking up continued squabbling there, the rebellion that NATO would like to stoke inside Syria is going nowhere. So they try to expand it, they try to get Turkey to come in, it has not worked. Nobody else [is] coming in. So I think they would like to spread it to Lebanon and see if new options for destabilization open up that way.»

• La deuxième source est très officielle et vient du ministère russe des affaires étrangères, sous forme d’un communiqué du porte-parole. Le communiqué est extrêmement précis et ne prend aucune précaution de langage pour désigner ces “forces” de déstabilisation, passant de Syrie au Liban parce qu’elles ont échoué en Syrie. La nouvelle est donnée par Interfax le 21 mai 2012 et par Itar-Tass le même 21 mai 2012. (Le texte, de Itar-Tass.)

«“It seems that the forces that have so far failed to implement plans aimed at destabilising the situation in Syria have now turned their attention to neighbouring Lebanon. They obviously dislike the policy being pursued by the government of that country in order to prevent foreign interference in Syrian affairs and assist in the speediest peaceful settlement in Syria on the basis of the Annan plan approved by the U.N. Security Council, and the activities of the military and security forces to resist attempts to smuggle arms and traffic in rebels,” the ministry said.

»Foreign Ministry spokesman Alexander Lukashevich urged Lebanese politicians to “be restrained and show high patriotic responsibility at this critical time for the country and the region”. “The Lebanese should not follow those who would like to sow seeds of inter-confessional strife and trouble in their land,” the diplomat said. “We hope that the government of Lebanon and Lebanese security agencies will take all necessary measures, while acting in accordance with the law, to restore calm in the country and preserve civil peace and unity,” he said.»

Si Tarpley le dit clairement, le ministère russe le laisse entendre d’une façon aussi affirmative… Ces “forces” venues de Syrie vers le Liban, sont bien celles qu’ont armées et suscitées le bloc BAO et les complices Qatar-Arabie, pour tenter de déstabiliser la Syrie et faire tomber le régime Assad. Mais quelles sont exactement ces “forces” ? Laissons bien entendu de côté la fable habituelle sur L’“Armée Syrienne Libre”, relayée par les principaux canaux de la presse-Système ainsi réduite à l’état infantile du perroquet de la fable, ou disons du perroquet disant la fable. Laissons également de côté les grands projets politiques des uns et des autres, y compris les ambitions de la grenouille qatarie qui voudrait se constituer en aussi grosse qu'un bœuf à la place du bœuf saoudien. Tout cela relève également de la politique-fable, faisant un pendant luxueux aux narrative de la presse-Système sur l’“Armée Syrienne Libre”.

Ce qu’il y a de plus remarquable dans toutes ces entreprises, particulièrement depuis l’affaire libyenne, c’est-à-dire ces entreprises pouvant être décrites comme la réaction occidentale au “printemps arabe”, c’est l’absence totale de légitimité des actes divers posés pour “récupérer” ce “printemps arabe” ou le rapprocher de la voie occidentale, et des intérêts occidentaux. Le phénomène le plus impressionnant, qui est aussi le phénomène le plus influent sur les évènements, est effectivement l’absence complète de légitimité du bloc BAO, des pays qui composent ce bloc, des États qui sont censés structurer ces pays, des gouvernements qui sont censés les conduire. Cette absence de légitimité se reflète dans une complète stérilité des orientations politiques, dans l’incapacité de dresser une stratégie qui ne peut être elle-même que si elle est légitime et qui ne l’est pas, le tout étant remplacé par les actions habituelles inspirées de la pensée du technologisme : livraison d’armes, interventions secrètes et totalement illégales de groupes spéciaux, recrutement de mercenaires, etc.

Du côté des “forces” ainsi “sponsorisés”, un phénomène qu’on peut décrire classiquement comme un effet-miroir s’est développé. On le mesure en deux phrases extraites d’un long rapport extrêmement documenté de source européenne, sur la situation en Libye, qui reste par ses effets l’opération fondamentale et fondatrice de cette phase de l’expansionnisme américaniste-occidentalioste ; c’est-à-dire un expansionnisme dissolvant, au départ qui semble dissolvant pour l’objectif visé selon l’ersatz de stratégie affirmée (regime change), et qui le devient, dissolvant, de plus en plus pour cette stratégie elle-même, puis pour toutes les dispositions tactiques engendrées par ces actions, donc pour l'expansionniste lui-même. Ces deux phrases extraites du rapport caractérisent la situation d’AQIM (Al Qaïda In Maghreb) en Libye, puisqu’il est désormais admis sans la moindre gêne ni réserve qu’al Qaïda est présent partout : «Nevertheless, it would appear that AQIM no longer relies on crime to finance terrorism. Instead terrorism has become used as a cover-up for the crime…» En d’autres termes, notre expansionnisme dissolvant, basé sur une stratégie vide, ou nihiliste par simple insubstance d’elle-même, parvient même à transformer les “forces” dites terroristes et disposant d’un semblant d’organisation, en structures de crime organisé, ou de “crime opérationnel”, qui se dissimule sous le label de “terrorisme” (AQIM) ; et il parvient même à transformer la perception à ce point où le mot “terrorisme”, par rapport au chaos de la dissolution et au chaos en dissolution, devient un label d’honorabilité…

Tout cela est absolument gouverné par l’illégitimité, qui réduit à mesure les diverses structures principielles, comme la souveraineté. Il n’est même plus question de discuter stratégie ou géostratégie, y compris dans le chef du bloc BAO, qui emploie sa principale, sa quasi exclusive force disponible, – les palettes de billets de dollars imprimés en monnaie de singe par Bernanke et sa Fed, servant à donner le seul sens qu'on puisse réellement distinguer dans ces entreprises : les activités du crime organisé se dissimulant derrière les groupes “de résistance”, “terroristes”, etc. Il est évident et logique que les évènements de Syrie, et maintenant de la Syrie vers le Liban qui est en train de se diriger vers sa situation de guerre civile des années 1976 et après, dépendent de cette logique d’illégitimité et de dissolution. (Encore pourrait-on douter même du renouvellement d’une guerre civile libanaise, car même une guerre civile demande une certaine structure dans le désordre.) De tous les acteurs de ces divers évènements, un seul semble le plus proche de la compréhension exacte de la situation, et c’est évidemment la Russie. Le bloc BAO, lui, amène dans ses grotesques entreprises d’“hégémonie” qui se terminent par leur propre inversion, la seule denrée disponible en quantité et largement exportable : son illégitimité foncière, qui fait que nous ne sommes plus qu’une narrative de puissance et une narrative de civilisation, entreprenant une narrative d’hégémonie.

 

Mis en ligne le 23 mai 2012 à

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