08/06/2012

L'Inde va entrer dans la cour des grands avec le lancement prochain d'un satellite militaire qui pourra surveiller les océans Indien et Pacifique. Cette nouvelle réjouit les USA qui espèrent faire de l'Inde leur allié incontournable contre le reste.

Le premier satellite militaire de l'Inde : effet de mode ou nécessité?

8.06.2012, 05:57

Le premier satellite militaire de l'Inde : effet de mode ou nécessité?

© Фото: SXC.HU
     

L'Inde se prépare au lancement de son premier satellite militaire. Une fois placé sur orbite géostationnaire, l’appareil va surveiller la surface de la Terre et fournir des informations nécessaires à la Marine indienne. Le pays deviendra ainsi la quatrième puissance navale équipée d’un système de satellites.

La marine indienne a toujours été l'une des plus puissantes dans la région Asie-Pacifique. Pour correspondre entièrement aux exigences modernes, il lui manquait juste la « composante spatiale ». Aujourd'hui, le premier élément de cette composante est prêt au lancement, qui devrait être effectué au cours du mois de juin.

L’objectif du nouveau satellite est l’observation de la Terre et la mise en place du système de communication par satellite pour la Marine indienne. L’appareil augmentera fortement les capacités des forces navales du pays, car les divisions de la Marine auront la possibilité d'échanger de grandes quantités d'informations en temps réel.

Théoriquement, le lancement du satellite militaire pourrait devenir la première étape dans la création d'un réseau complet d'échange d’information pour les forces armées du pays. Ce réseau permettra de coordonner toutes les actions de toutes les forces de la flotte depuis un seul poste de commandement. Pour la mise en place d’un système entier d’intelligence et d’information de ce type, la présence des satellites sur orbite basse, des avions de patrouille et des véhicules sans pilote est nécessaire. Ces dispositifs vont fournir la « couverture » nécessaire d’une zone donnée. C’est l’appareil américain R-81 qui a le plus de chances de devenir l’appareil de reconnaissance de la marine indienne. L'Inde a également augmenté les acquisitions de drones israéliens Heron et Searcher Mark II.

Seuls le bloc de l’OTAN et les Etats-Unis possèdent l’ensemble complet de ce type de fonctionnalités. La Russie, le Japon, et dans une certaine mesure, la Chine, possèdent le potentiel qui permet de créer un tel système dans des délais raisonnables. Par conséquent, le lancement du satellite indien, c’est l’élargissement du «club d'élite », mais d'ici à ce qu’il y ait une véritable « intégration » de ces possibilités dans la pratique quotidienne de la marine indienne, il faudra attendre très longtemps.

Quelle fusée pour le lancement ?

La sortie du satellite sur orbite géostationnaire est une tâche importante, et pour le moment, l'Inde ne dispose pas de lanceur suffisamment fiable. En théorie, la sortie en orbite du satellite peut être assurée fusée GSLV, mais les statistiques de son lancement (cinq échecs sur sept) jettent un doute sur le fait que l'armée indienne puisse confier son premier appareil à un lanceur qui ne fonctionne pas parfaitement.

Pour l’instant, il n’y a aucune information sur la fusée qui sera utilisée pour mettre le satellite en orbite. Mais l’Inde n’a pas tellement d'options, et c’est la fusée russe qui semble être la plus probable. La position de l’orbite géostationnaire, sur laquelle le satellite sera placé, se trouve juste au-dessus de l’équateur et est très avantageuse pour l’Inde. Grâce à cette position, la marine du pays pourra contrôler la situation en océan Indien, qui intéresse avant tout les militaires.

Le contexte général

La préparation au lancement se fait dans un contexte d’une concurrence croissante : la région Asie-Pacifique est devenue une arène des rivalités des grandes puissances dans le domaine militaire. Outre l’accroissement des capacités de la Chine et le progrès de l'Inde dans ce domaine, le Japon serait en train d’augmenter son potentiel, et les Etats-Unis sont en train de concentrer leurs forces dans cette région. Vers 2020, 60% des bâtiments de guerre de la Marine des Etats-Unis seront concentrés dans la région Asie-Pacifique, y compris six groupes de porte-avions multi-usages.

Le processus de concentration des États-Unis dans cette zone n'est pas une nouveauté. Le changement des priorités a été confirmé également par des réformes au sein de la flotte, notamment la dissolution de la 2e flotte de la Marine des États-Unis, historiquement responsable pour le théâtre de guerre en Atlantique. La réduction des effectifs de la flotte en Atlantique a rendu cet état-major inutile.

L'intention de transférer dans la région Asie-Pacifique une grande partie des forces de la Marine des Etats-Unis a été confirmée deux fois par le Secrétaire de la Défense Leon Panetta. Cette orientation est prioritaire, notamment en termes d'équipement en nouvelles technologies. Près de la moitié des chasseurs F-22 sont concentrés dans l'océan Pacifique. Par ailleurs, les bases de cette zone recevront les appareils F-35 en priorité, et la flotte américaine du Pacifique recevra bientôt un nouveau porte-avions, le Gerald R. Ford.

La stratégie américaine est claire: le pays veut augmenter ses forces militaires à la suite de la croissance des principales caractéristiques de son rival géopolitique, qui est certainement la Chine. Dans cette stratégie, les États-Unis tentent de s'appuyer sur les adversaires naturels de Pékin. Après le Japon, la Corée du Sud, les Philippines, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et les États-Unis tentent de connecter à leur stratégie l'Inde, qui fait actuellement cavalier seul, ainsi que son ennemi d’autrefois – le Vietnam.

Au cours de sa visite en Inde, Panetta a déclaré que l'Inde et les Etats-Unis devraient poursuivre des exercices militaires conjoints réguliers. Les observateurs ont noté que cette idée a été proposée à New Delhi le jour où le président russe Vladimir Poutine a appelé à la mise au point de la coopération militaire avec la Chine, lors de sa visite à Pékin.

Les Etats-Unis ont des chances de créer une coalition antichinoise, car Pékin reste mal aimée dans cette région. Mais sur ce chemin il y reste deux obstacles potentiels. Tokyo n’a jamais bénéficié de l’amour et du soutien de ses voisins, et l'introduction de l'Inde implique des concessions substantielles en faveur de ce pays, pour que ses intérêts soient pris en compte. L'Inde est un acteur trop sérieux pour avoir le rôle de partenaire « junior ». Et le lancement prévu du premier satellite militaire indien n’est que la confirmation de ses ambitions et de ses capacités.

11:19 Publié dans Armement | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.ruvr.ru

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