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24/03/2012

Alors que les médias français s'acharnent, depuis des mois, sur la corruption russe dans les institutions moscovites, Gilles Gaetner dénonce les pratiques mafieuses qui sont devenues consubstantielles à l'exercice du pouvoir en France.

L’abécédaire de la corruption

 
 Michel PezetNotre collaborateur Gilles Gaetner dresse, sous forme de dictionnaire, un état des lieux de la France corrompue. Visite guidée d’un inframonde qui recrute dans tous les camps et menace le bon fonctionnement de la République.

Lire Gilles Gaetner à quelques semaines d’échéances politiques cruciales est à la fois indispensable et inquiétant… Si son livre tombe à point pour rafraîchir la mé­moire des électeurs à propos de leurs élus et des partis pour lesquels ils s’apprêtent à voter, il suscite en effet une terrible interrogation : pourquoi rien, ou si peu, n’est entrepris, quelle que soit la majorité au pouvoir, pour lutter contre la corruption ? Faut-il attendre d’avoir touché le fond de la décadence politique – l’Italie des années 1970 – pour voir entrepris l’équivalent d’une opération Mani pulite ? Ou se­rait-ce plutôt que les pratiques mafieuses ont pris une telle am­pleur qu’elles sont désormais consubstantielles à l’exercice du pouvoir, banalisées, en quelque sorte, par leur généralisation qui, elle-même, mithridatise les ci­toyens ?

De fait, seul le souvenir des très grands scandales – Elf, les frégates de Taiwan – ou des affaires politiques devenues telles en fonction des personnalités qu’elles mettent en cause – Jacques Chirac dans les emplois fictifs de la Ville de Paris, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy dans Clear­stream – parvient à émerger du brouhaha médiatique.

Parce qu’il compte parmi les meilleurs journalistes français d’investigation, Gilles Gaetner (le Point, l’Express et aujourd’hui Valeurs actuelles, dont il conseille la rédaction en chef) a su éviter le piège de ne s’attacher qu’à ce qui brille – fût-ce de l’éclat du crime – pour brosser le tableau de la corruption quotidienne, la moins visible, et pour cette raison la plus grave, puisqu’elle échappe trop souvent aux projecteurs de l’actualité.

Loin de dresser seulement un annuaire des corrompus, Gaetner donne à voir tous les acteurs du système : les élus indélicats, bien sûr et avant tout, puisque c’est par eux que le scandale arrive, mais aussi les accusateurs sans preuve qui contribuent à pour­rir le climat, sans oublier les juges et les policiers qui démasquent les coupables… Et encore moins ceux qui, théoriquement du côté de la loi et de l’ordre, vendent leur âme contre des “cadeaux” (en moyenne, rappelle-t-il, on dénombre une affaire de corruption par mois dans la po­lice !)…

Il faut lire, pour se persuader de la gravité de la question, le passage que Gaetner consacre aux Alpes-Mari­times, département français où “l’arrangement” est de­venu une “façon de vivre”. Ici, dit-il, « point de réseau de corruption qui serait animé par un baron local au profit d’un parti politique ». Plutôt une mainmise sur l’immobilier – très florissant dans le département, via notamment une série de SCI dont on a bien du mal à connaître les dirigeants, souvent venus de Russie ou d’Italie. Des structures idéales pour se livrer au blanchiment et qui, dans ce seul département, serait 20 000, comprenant des villas atteignant 30 voire 50 millions d’euros… sans que personne ne sache à qui elles appartiennent.

« Et quand le fisc parvient à identifier le propriétaire, et engager des poursuites… que se passe-t-il ? Rien ou pas grand-chose. Certains agents des impôts acceptent de fermer les yeux pour quelques centaines de milliers d’euros. Comment expliquer que ce couple d’inspecteurs des impôts ait pu s’offrir cash pour 1 million de francs à la fin des années 1990 deux parcelles de terrain dont la valeur a été multipliée par 12 ? Quelles rai­sons ont poussé ce contrôleur à ne pas réclamer, il y a quelques années, le montant de l’impôt sur les sociétés à une entreprise de crédit immobilier ? Un cadeau d’un montant, pour être précis, de 5 836 376 francs ! Que penser de la décision d’un ancien directeur départemental des impôts qui a expertisé, à hauteur de 3,2 millions de francs, une maison à Valbonne, alors que les vérificateurs l’avaient estimée à 18 millions de francs ? Les faveurs fiscales constituent un excellent indicateur du degré de probité, de civisme d’une société. »

Gilles GaetnerGaetner n’est pas, pour autant, un admirateur inconditionnel de ces ju­ges “justiciers” prêts à déclencher des procédures tous azimuts pour régler leurs comptes avec la société. On se souvient qu’il avait signé, voilà dix ans, une lettre ouverte au juge Halphen dénonçant son acharnement contre la droite, et Jacques Chirac en particulier (Monsieur Halphen, vous n’avez pas tout dit…, JC Lattès, 2002). Il n’en est que plus à l’aise pour dénoncer les libertés que prennent nombre d’élus, droite et gauche confondues, avec les principes moraux les plus élémentaires, surtout quand il s’agit d’argent.

Il résume : « Il faut être carrément benêt pour penser que l’argent prélevé à l’occasion d’un contrat d’armement ou d’un marché public et destiné en principe à un homme politique sert exclusivement à financer ses campagnes électorales ou à renflouer les caisses d’un parti. Si 50 % de ces sommes, en comptant large, y concourent, nous a toujours répété un juge d’instruction, connaisseur de ces pratiques, les 50 % restant sont “in the pocket”. »

Et le même juge de lui raconter qu’à la faveur d’une perquisition chez un an­cien ministre, il découvrit un cahier sur lequel étaient minutieusement consignés les versements réguliers de 500 000 francs qu’il recevait d’Omar Bongo, alors président du Gabon. Tétanisé, l’ancien ministre resta muet de longues secondes. Jusqu’à ce que le juge, muet lui aussi, replaçât le cahier accusateur à sa place. Non par indulgence, mais par une espèce de découragement qui pouvait signifier : “On n’en sortira jamais !”

« À coup sûr, résume Gaetner, ce supplément de 500 000 francs, alloué gracieusement par Bongo, servait à bien autre chose qu’au financement politique de ses activités… » Eric Branca

La Corruption en France, Gilles Gaetner, François Bourin Éditeur, 480 pages, 24 euros.

10/03/2012

Les pays qu'on désigne comme émergents ont-ils déjà émergés ou doivent-ils encore l'être? Selon quel critère...? En tout état de cause, ils prêtent de l'argent aux vieilles puissances. Ils renversent un monde qui échappe aux Occidentaux.

Géopolitique des émergents

Par Sylvia DELANNOY*, le 7 mars 2012

 

*

Professeur au lycée français de Singapour

En avant première mondiale, Sylvia Delannoy présente l’ouvrage qu’elle a dirigé : «

Géopolitique des pays émergents. Ils changent le monde », Paris, P.U.F. Parution le 21 mars 2012, et en avant-première le 8 mars au Festival de géopolitique et de géoéconomie de Grenoble, 4ème édition.

Cet ouvrage s’est fixé pour objectif de savoir si, oui ou non, nous vivons le grand basculement ou si ce n’est qu’un mirage que l’histoire jugera comme une crise de myopie collective. C’est donc bien du processus qui a mis et continue à mettre ces pays en lumière que traite Géopolitique des pays émergents

. Loin d’être un manuel d’économie, c’est un ouvrage qui emprunte à l’histoire, à la géographie, à l’économie, à la géopolitique et aux relations internationales des outils propres à nous faire comprendre qui sont les pays émergents, quels sont leurs objectifs, quelle est leur vision du monde, et quelles sont les limites qui freinent encore leur montée en puissance.


L’émergence : du concept à la géopolitique

BRIC, BRICS, BIC, BASIC, CIVETS… la mode est à l’acronyme classificateur. L’acronyme de ce genre, popularisé dans les années 2000, regroupe des pays présentant des similitudes liées au contexte – les PIGS (Portugal, Irlande, Grèce, Espagne) que l’on accable d’un sobriquet dont ils se passeraient bien – ou bien à leurs capacités économiques prometteuses – les CIVETS (Colombie, Indonésie, Viêtnam, Egypte, Turquie, Afrique du Sud) qui sont les puissances émergentes de demain selon Robert Ward -, voire leur aptitude à renverser l’ordre mondial instauré par les Occidentaux depuis le XIXème siècle dans le cas des BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine).

Ce besoin de classification est sans doute le fruit d’un certain désarroi face à un monde dont on sent qu’il s’éloigne chaque jour de celui que l’on a connu hier, celui auquel les Américains et les Européens trouvaient grâce… Et pour cause. C’était un monde où les Occidentaux jouissaient d’une admirable suprématie sur les autres continents, où les perspectives d’évolution délétères semblaient lointaines et finalement irréelles tant les rênes du pouvoir mondial étaient concentrées en leurs mains…

Classification et géopolitique

Alors, la classification rassure : elle permet d’identifier les sources du danger, mais elle permet aussi d’éloigner l’autre en l’intégrant dans une catégorie différente de celle des pays avancés ou pays développés. Les puissances « émergentes » n’ont en effet pas encore émergé, leur chemin vers la gloire reste semé d’embûches et, qui sait, peut-être trébucheront-elles comme le Japon avant d’atteindre la première place. La classification aide aussi – et c’est sa vocation première – les milieux financiers à juger des meilleurs investissements : repérer les talents de demain, c’est assurer sa fortune. Les pays que les banques et autres agences de notation adoubent peuvent par l’incantation même, attirer des investisseurs et ainsi émerger pendant que les PIGS se débattent en vain dans la boue. Le phénomène d’émergence s’autoalimente ainsi, si l’on s’en tient à l’économie du moins.

Mais ce qui nous intéresse ici, c’est la géopolitique des pays émergents : leurs armes, leurs stratégies, leur environnement régional, leurs doutes, leurs réelles capacités à opérer ce basculement du monde dont on nous parle tant… L’économie tient ainsi une place réelle puisqu’elle est bien souvent la source de la puissance, mais le propos s’attachera ici davantage à analyser la capacité des pays émergents à s’imposer à tout niveau, à devenir une puissance complète et non simplement à connaître un take-off. L’intérêt est aussi de considérer cette nouveauté : le dynamisme et l’avenir radieux semblent être irrémédiablement passés du côté du Sud. Le déclin de l’Occident, déjà prédit par Oswald Spengler en 1918, est aujourd’hui présenté comme une réalité immédiate et l’émergence des puissances du Sud apparaît comme la première responsable de ce basculement.

La tête hors de l’eau

Arrêtons-nous un peu sur ce concept d’émergence. Les pays émergents sont ceux qui, littéralement, sortent la tête de l’eau. Alors que dans les années 1990, ces pays semblaient émerger dans la souffrance, dans les crises à répétition qui, comme un plafond de verre, les empêchaient de s’extirper des eaux troubles, on les présente aujourd’hui comme ceux qui résistent à toutes les tempêtes… L’émergence est devenue le concept facile pour évoquer ces pays aujourd’hui solidement assis sur leurs bases économiques, alors même qu’on pourrait les considérer comme déjà émergés si l’on conservait la définition littérale du concept. Mais s’ils sont émergents, c’est qu’ils connaissent encore leur ascension, ils ne sont pas encore posés sur leurs réussites passées comme le sont aujourd’hui les Occidentaux ou les Japonais : leur gloire reste encore avenir, c’est là toute la promesse de l’émergence. Si l’on file la métaphore maritime, les pays émergents ne sortent plus seulement la tête de l’eau, ils semblent s’élever tels d’imposants icebergs prêts à couler le Titanic occidental certes majestueux, certes encore robuste, mais terriblement fragilisé par l’ouragan de la crise.

Cet ouvrage s’est donc fixé pour objectif de savoir si, oui ou non, nous vivons le grand basculement ou si ce n’est qu’un mirage que l’histoire jugera comme une crise de myopie collective. C’est donc bien du processus qui a mis et continue à mettre ces pays en lumière que traite Géopolitique des pays émergents . Loin d’être un manuel d’économie, c’est un ouvrage qui emprunte à l’histoire, à la géographie, à l’économie, à la géopolitique et aux relations internationales des outils propres à nous faire comprendre qui sont les pays émergents, quels sont leurs objectifs, quelle est leur vision du monde, et quelles sont les limites qui freinent encore leur montée en puissance. Des cartes permettent de rendre plus évidente leur émergence, mais aussi de voir que leur chemin reste long si leur projet reste d’égaler les vieilles puissances…

Copyright Mars 2012-Delannoy/Diploweb.com


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Sylvia Delannoy (dir.), Géopolitique des pays émergents. Ils changent le monde , Paris, P.U.F. Parution le 21 mars 2012, et en avant-première le 8 mars au Festival de géopolitique et de géoéconomie de Grenoble, 4ème édition.

4e de couverture

Nouveaux trésoriers du monde, les pays émergents prêtent de l’argent aux vieilles puissances dont le déclin paraît irrémédiable, rachètent des terres en Afrique, s’unissent au gré de leurs intérêts, renforcent leurs armées, investissent dans la recherche, font croître des firmes mondiales… Aspirant à détenir tous les attributs de la puissance, ils semblent en mesure de renverser un monde dans lequel les rênes du pouvoir échapperaient aux Occidentaux.

Ce livre, qui ne dresse pas le portrait d’une sélection de pays émergents mais étudie les dynamiques de groupe, fait le point sur la notion d’émergence et s’interroge sur les armes qu’utilisent les nouvelles puissances pour bâtir un monde nouveau, dégagé de l’hégémonie occidentale, mais aussi sur les fragilités de leur stratégie renversante.

Les puissances émergentes nous préparent-elles un monde meilleur ? Pire ? En tout cas, elles changent le monde.

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10:42 Publié dans Livre | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.diploweb.com

19/01/2012

Nonobstant le fait que plus de 3 milliards de terriens n'aient pas d'eau au robinet à domicile, les guerres de l'eau sont évitables.

"Eaux et conflictualités", F. Galland (dir.), Choiseul 2012

Par Romain de JARNIEU*, le 18 janvier 2012

 

Diplômé de l’ESSEC en 2009

Ce que nous apprend cet ouvrage, c’est que la géographie n’est pas une fatalité, et qu’il existe des solutions permettant de sortir des logiques sécuritaires en développant des approches régionales tenant compte des impératifs de chacun.

Romain de Jarnieu présente le livre Eaux et conflictualités, sous la direction de Franck Galland, éd. Choiseul 2012, 115 p.

CHERCHEURS, docteurs en géopolitique, militaires, juristes ou patrons d’entreprises directement liées à la gestion de l’eau…Dix experts reconnus dans ce domaine à qui Franck Galland [1], considéré comme l’un des meilleurs spécialistes actuels de l’eau, a donné la parole et qui viennent nous expliquer de façon claire, détaillée et pratique comment se déclinent dans le monde d’aujourd’hui les enjeux sécuritaires liés à l’utilisation de l’eau. « Eaux & Conflictualité » est le recueil de ces interventions qui se sont déroulées lors d’un séminaire à destination d’un public militaire organisé par le CSFRS (Conseil Supérieur de la formation et de la recherche Stratégique), en partenariat avec Veolia Environnement.

Nul ne conteste aujourd’hui l’imbrication de plus en plus étroite entre la géopolitique et les ressources naturelles. L’intensification des frictions liées à la répartition de l’eau, au Proche-Orient, en Asie, en Afrique, nous oblige à penser l’eau non plus comme une ressource librement offerte à chacun, mais comme une denrée qui se raréfie.

Dans le domaine de l’eau, les inégalités hydriques, qu’elles résultent de facteurs purement géographiques ou de situations géopolitiques, sont flagrantes : l’Éthiopie par exemple possède 70% des ressources du bassin du Nil, mais n’en consomme que 3%, faute d’investissements. Au Proche-Orient, l’invasion du plateau du Golan a privé la Syrie et la Palestine de leur accès à l’eau. En Asie du Sud-Est, les pays en aval du Mékong subissent à la fois la réduction du débit liée à l’installation de barrages par la Chine, et la pollution très forte qui découle de l’utilisation du fleuve en amont.

Ces inégalités sont en passe de s’accentuer sous la pression de dynamiques récentes : urbanisation des pays en développement et augmentation des populations entrainant une surexploitation de la ressource, réchauffement climatique, catastrophes naturelles, mauvaise gestion, pollution des rivières…Nombreux sont aujourd’hui les pays qui, hantés par la menace d’une rupture de leur approvisionnement, développent une réaction de plus en plus sécuritaire et de moins en moins collective : pour un pays comme la Syrie, situé en aval de la Turquie, dont les ressources en eaux proviennent à 80% de la Turquie ou du Liban et dont 60% des puits se sont taris sur les 25 dernières années, on peut comprendre que le projet turc du GAP de construction de barrages et de centrales hydroélectriques supplémentaires sur le Tigre et l’Euphrate puisse, en touchant à l’indépendance du pays, représenter une menace sécuritaire sérieuse.

Comment dissocier en effet la question de l’eau de la géographie des territoires ? C’est souvent elle qui est à l’origine de faits géopolitiques générateurs de conflictualités, de frictions : le tracé d’un cours d’eau, la position d’un pays en amont ou en aval d’un fleuve, la présence de nappes phréatiques, sont des éléments indispensables à la compréhension des rapports de force entre pays voisins. Outre la géographie à proprement parler, il y a aussi l’usage de l’eau, l’orientation de l’économie vers des productions plus ou moins consommatrices d’eau, la saisonnalité de l’utilisation de l’eau entre voisins ou dans le même pays, qui sont autant de facteurs déterminant dans la compréhension des enjeux de l’eau.

Pas de fatalité

Ce que nous apprend cet ouvrage, c’est que la géographie n’est pas une fatalité, et qu’il existe des solutions permettant de sortir des logiques sécuritaires en développant des approches régionales tenant compte des impératifs de chacun. L’Histoire nous dit qu’il existe des exemples de concertations satisfaisantes, comme ce fut le cas entre le Liban et la Syrie, qui ont obtenu en 2002 un accord équitable sur le partage des eaux du fleuve Nahr-El-Kébir, incluant la construction d’un barrage commun aux deux pays et la constitution d’un comité conjoint de l’eau. Même constat entre Israël et la Jordanie, qui s’échangent depuis l’accord de paix signé en 1994 entre les deux pays, 50 millions de m3 d’eau chaque année. En jouant un rôle diplomatique dans la résolution de conflits, l’eau peut aussi devenir un élément stabilisant dans une région.

Les concertations réussies sont souvent basées sur une ossature internationale minimale en matière de régulation de l’utilisation des eaux. La convention-cadre de 1992, qui propose une approche globale des bassins hydrographiques et consacre par exemple le principe du « pollueur-payeur », la convention de l’ONU de 1997 sur l’utilisation des cours d’eaux internationaux à d’autres fins que la navigation, ou encore la directive-cadre de l’Union européenne sur l’eau adoptée en 2000, représentent des références morales incontournables mais sont insuffisamment appliquées dans certaines régions du monde. Dans le bassin du Nil, ce sont des accords bilatéraux qui prédominent, souvent de façon déséquilibrée. Continuer à opposer des logiques nationalistes déséquilibrées, c’est pour certains pays comme l’Égypte, le Soudan, Israël, ou la Chine, s’exposer à prolonger les crispations et voir se constituer contre eux des « front du refus » comme c’est déjà le cas avec l’Éthiopie qui réclame la renégociation de l’accord égypto-soudanais de 1959 qui octroie 90% des ressources du Nil à l’Égypte et au Soudan.

La gestion de l’eau reste, comme toutes les ressources, soumise à la loi de l’offre et la demande. Le développement de la technique et des infrastructures peut nous aider : réduire les gaspillages des réseaux d’eau, développer les techniques de recyclage des eaux usées, développer des infrastructures de dessalement ou mettre en place des infrastructures de rétention d’eau plus respectueuses de l’environnement et des écosystèmes sont des solutions aujourd’hui financièrement et techniquement plus accessibles qu’autrefois et dont il faut généraliser la mise en place.

En donnant la parole à ces dix experts de référence engagés quotidiennement sur le sujet, l’ouvrage ne prétend pas être exhaustif. Mais ces dix voix, par des approches différentes, académiques, géopolitiques, pratiques ou techniques, parviennent à nous offrir un tour d’horizon complet et convaincant de l’étendue des enjeux liés à l’eau aujourd’hui. Il nous démontre de façon pédagogique que la gestion de l’eau n’est pas une fatalité, qu’une approche collective des situations hydriques est possible, et qu’une compréhension des intérêts respectifs des pays concernés est un préalable à une meilleure gestion des ressources en eau et des conflictualités qu’elles génèrent.

Copyright Janvier 2012-Jarnieu/Diploweb.com


Quelques chiffres communiqués par le CSFRS

. 900 millions d’habitants ne disposent pas d’accès à l’eau potable à proximité.

. Plus de 3 milliards d’habitants n’ont pas d’eau au robinet à domicile.

. 2,6 milliards de personnes n’ont pas accès à un assainissement de base.

. L’eau agricole représente 70% de l’utilisation des ressources mondiales en eau douce. 20% sont utilisés pour l’eau à vocation industrielle et 10% pour les consommations domestiques. Sur certaines zones évoquées dans le cadre de ce séminaire, dont le Proche-Orient, on est d’ailleurs plus près de 90% que de 70% pour l’eau agricole.

. Deux tiers des grands fleuves sont communs à plusieurs pays. Il existe 270 bassins fluviaux transfrontaliers. Le Nil, le plus long, traverse dix pays ; Le Mékong, six pays.

. Outre les questions posées par les relations entre pays se partageant les rives, cette situation donne l’avantage aux États situés en amont. 15% des pays dépendent à plus de 50% des ressources en eau situées en dehors de leur territoire.

. On dénombre 200 traités interétatiques relatifs à l’eau contre 37 conflits survenus ces cinquante dernières années, pour la plupart mineurs.


Eaux et conflictualités, sous la direction de Franck Galland, éd. Choiseul 2012, 115 p.

Voir sur le site des éditions Choiseul Voir

Voir le site du CSFRS à l’origine du colloque Voir

[1] Diplômé en affaires internationales, il dirige Environmental Emergency & Security Services, cabinet d’ingénieur conseil spécialisé dans la préparation des opérateurs d’eau et d’électricité à la gestion de crises majeures. Spécialiste des questions de sécurité liées aux ressources en eau, il a publié une quarantaine d’études sur ce sujet dans des revues de défense et de relations internationales.