09/06/2012

Le massacre de Qubaïr en Syrie présente un modus operandi identique. La France s'en indigne officiellement. Pourtant, derrière les déclarations se cache une position surprenante: la France s'assoira bien à côté de l'Iran à la Conférence Internationale.

Notes sur un massacre de plus

08/06/2012

Le massacre de Qubair, dans la région de la ville de Hama, qui a eu lieu en Syrie il y a deux jours, suit en tous points le modus operandi, selon la remarque de Lavrov, du premier massacre de Houla, à la fin mai. L’opérationnalité de la chose nous en donne l’esprit.

… C’est-à-dire que, manifestement, il s’agit d’une opération qui suit cette même forme d’évènements inaugurée par Houla, où l’on peut faire l’hypothèse qu’il y aurait l’intention d’aggraver la situation par des actes de terreur interne sans merci, l’intention d’obtenir un écho international majeur, l’intention d’utiliser la terreur comme facteur essentiel d’influence sur la situation politique syrienne et d’utiliser l’émotion comme facteur essentiel d’influence sur la situation politique internationale. Au-delà de ce qui n’est déjà qu’hypothèses, il nous paraît plus que jamais inutile de spéculer sur les responsabilités et les culpabilités, puisque rien d’assuré à cet égard ne peut être avancé.

L’inexistant Ban existe

Cette attitude n’est certainement pas celle de tous les acteurs de la crise, notamment le secrétaire général de l’ONU qui a, non pas accusé mais condamné sans appel le gouvernement syrien. On entend ainsi un jugement tout de même catégorique, dont on se demande sur quel point de droit international il s’appuie, puisque plutôt enfanté par l’émotion hystérique ou/les les consignes bien comprises : «For many months it has been evident that President Assad and his government have lost all legitimacy…» Belle leçon de droit international, qui demanderait qu’on débâtit sérieusement à propos de la notion de légitimité.

Ce point précis de son intervention, qui nous rappelle que l’inexistant Ban Ki-moon existe alors que son inexistence est manifeste depuis de nombreuses années, nous paraît largement dépasser son mandat en l’absence de preuves irréfutables dans cette affaire. Nul n’a relevé ce point, qui relève là aussi du droit international, – qui diffère du concept d’“émotion internationale” semblant guider la “communauté inyternationae”. L’inexistence ainsi rompue de Ban Ki-moon avait été marquée par le soutien constant reçu des USA et le soutien constant de lui-même aux thèses des USA, depuis qu’il avait succédé à Kofi Annan, après que la candidature d’Annan pour un renouvellement de son mandat ait été brutalement rejetée par ces mêmes USA. Conclura qui veut, et en son for intérieur puisqu’il n’y a pas de preuves irréfutables de ces circonstances, par ailleurs pourtant bien plus évidentes que la digression sur la “légitimité” et l’“illégitimité”.

…Dans une conférence de presse qui suivit, Ban renouvelle sa condamnation unilatérale et irréfutable du gouvernement syrien mais l’assortit de la réserve assez inattendue, par rapport à cette irréfutabilité, que les violences viennent des deux côtés : «Once again Ban lay most of the blame on the Syrian government. “We see little evidence that the regime is complying with the six-point peace plan,” he noted. However, he also stressed that “all the violence, both by government forces and opposition forces must stop.”»

L’étrange “troisième acteur” de Kofi Annan

L’intervention de Ben qu’on a déjà mentionnée, et qui ne vaut que par ce qu’on a signalé, fut suivie par celle de Kofi Annan. (Ces interventions ont été suivies, pour les deux hommes, de conférences de presse, et les déclarations rapportées renvoient aux deux évènements.) Plusieurs points nous ont arrêté, dans le compte-rendu que fait Russia Today, ce 8 juin 2012, de la session spéciale de l’ONU d’hier. Manifestement, Annan est beaucoup plus intéressant que Ben, et l’on regrette qu’il ne se soit pas succédé à lui-même.

• Quel “troisième acteur” ? Annan a en effet parlé d’un “troisième acteur”, en plus des deux connus en Syrie, – le gouvernement Assad et l’“opposition” … «Some attacks in Syria clearly speak of a “third actors” presence, said UN-Arab League special envoy Annan taking over from Ban. “We cannot allow mass killing to be part of daily life in Syria,” he said.» Parole pour l’instant énigmatique.

• Annan a parfaitement décrit la différence entre la Libye et la Syrie, dont il est fait si souvent mention comme relevant d’un même modèle : de l’implosion à l’explosion… «“Given the level of violence, you could say we are drifting into a sort of a civil war,” he also warned. “All efforts are made that if it does become a full-blown civil war, it doesn’t spread elsewhere. Syria is not Libya. It will not implode. It will explode.”»

• Annan a estimé que son plan, enterré déjà plusieurs fois, même avant que sa tentative d’application ait commencé, n’est pas mort. Il ajoute la nécessité d’une “conférence internationale” sur la crise syrienne, dans la perspective déjà mentionnée de former un groupe qui suivrait la crise. Point particulièrement intéressant, Annan estime que l’Iran a un rôle important à jouer dans la résolution de la crise, ce qui impliquerait que ce pays devrait faire partie de ce groupe.

«“I’m not sure whether it’s the plan that is dead, or whether it’s the implementation that’s lacking,” he noted, responding to a question posed by a journalist. “The question is how do you get the Syrian government to implement it even at this late hour.” He also discussed a number of solutions, including setting up a special contact group that includes nations with leverage over the situation in Syria, as well as appointing an interlocutor. In any case, he stressed the need for both international and regional players to be involved in carving out a solution. […] He also took note of the role Iran could play in resolving the crisis. “Iran will be important part of the solution,” he said.»

Les garanties de Lavrov : pas d’intervention…

Ce plan d’une conférence internationale, à éventuellement transformer en groupe formel, vient également des Russes. Le ministre des affaires étrangères Lavrov en a exposé les grandes lignes. Les deux points les plus intéressants sont l’absence de toute partie syrienne dans un premier temps et l’affirmation de pressions à exercer sur tous les acteurs syriens. (Sur ce dernier point, les Russes sont à l’aise : eux-mêmes exercent toutes les pressions du monde sur Assad, tandis qu’ils doutent hautement, et l’on comprend pourquoi, que le bloc BAO & consorts fasse de même sur “les rebelles”, sinon le contraire…).

«“The conference should come under the UN umbrella,” said Lavrov, adding the global discussion would not be a one-time event. “The first stage would exclude any Syrian representatives,” he continued. “Its purpose would be to agree on the leverage to be used on each and every Syrian group: be it the government or various opposition forces – to stop the violence and start a dialogue.” The FM listed Qatar, Saudi Arabia, Lebanon, Jordan, Iraq, Turkey, Iran, the League of Arab States, the EU and the Organization of Islamic Cooperation among the “integral parts” to the process.»

Cette conférence devenant groupe comprendrait évidemment les membres permanents du Conseil de Sécurité. Et Lavrov de faire ses commentaires, – savoir que le véritable enjeu est de contrôler l’“opposition syrienne” et qu’il est moins question que jamais d’une intervention étrangère… «Much depends on the Syrian opposition, and more particularly, on the National Syrian Council, based in Istanbul, pointed out the minister. The group harshly opposes any dialogue with the Assad government, and is promoting armed resistance until the UN Security Council mandates a foreign military intervention into Syria. “There’ll be no mandate by the UN Security Council for a foreign intervention, I guarantee you that,” Lavrov told journalists.»

Iran or not Iran ?

L’ambassadeur russe à l’ONU a, de son côté, précisé que la plan Lavrov a d’ores et déjà été approuvé par la Chine, la France et l’Iran… Intéressante affirmation, cette approbation conjointe de la France et de l’Iran. Hier, Fabius rejetait l’idée d’une conférence internationale dont l’Iran ferait partie, Annan affirme que l’Iran est incontournable et Lavrov dit que l’Iran doit participer à la conférence, – et Vitaly Chourkine, l’ambassadeur russe à l’ONU, qui nous dit que la France, la Chine et l’Iran, sont d’ores et déjà d’accord pour la conférence. Parle-t-on de la même crise, de la même conférence, etc. ? Ou bien les choses évolueraient-elles à l’insu de leur plein gré ?… La confusion montre dans tous les cas que la crise syrienne est sortie du schéma de l’hystérie pour entrer dans celui de la nécessité de faire quelque chose.

Autre point notable : à l’ONU, Hillary nous a épargné ses diatribes habituelles et s’est employée, selon le Guardian du 8 juin 2012 (source irréfutable), de prôner un dialogue urgent avec la chère Russie, sur un plan dont les Russes ne sont nécessairement pas avisés : «The US secretary of state, Hillary Clinton, said America was prepared to work with Assad's closest ally, Russia, on a plan that would oust him but potentially leave his regime intact.»

Corollaire des “amis de Washington” : après les habituelles jérémiades sur l’horreur des choses et sur le plan Annan qui ne marche pas, le secrétaire au Foreign Office Hague a conclu en affirmant qu’il fallait que le plan Annan marche : «The Annan plan has clearly failed so far, but it is not dead, all hope is not lost.» Entendu, mais il faut bien savoir que si le plan Annan doit marcher, il marchera sous l’intense surveillance de la Russie, qui prend décidément les choses en main.

Enquête à Moscou : que veulent les USA ?

… Un signe sans doute de cela (prise en main des choses), les Russes qui rencontrent aujourd’hui à Moscou une délégation US accourue de toute urgence, et semble-t-il à l’initiative des US qui veulent parler aux Russes. Le ministère des affaires étrangères russe ne cache pas son intérêt, d’entendre ce que les USA ont à lui dire. (Selon Tass, le 8 juin 2012.)

«“We are in active dialogue with the US administration on Syria,” the Russian Foreign Ministry said. “This is normal practice.” It is very interesting what proposals will be made by the American envoy and whether Hof’s mission will be crowned with success…»

Le commentaire de Tass est intéressant, parce qu’il se colore d’une certaine pugnacité qui vient elle-même des affaires étrangères et de Lavrov. Il semble bien que les Russes veulent mettre Washington devant ses contradictions : un jour la Maison-Blanche dit qu’il ne peut y avoir d’intervention militaire en Syrie, le lendemain l’ambassadrice Rice à l’ONU annonce qu’il faudra faire quelque chose (on devine quoi) en dehors de l’ONU ; sans parler des éructations d’Hillary, envisageant une guerre totale contre Assad tous les trois jours… Ainsi Tass poursuit-il :

«In the meantime, news agencies have transmitted many highly controversial statements of US officials. One day Washington pledges strong support to the plan of the UN and League of Arab States Special Envoy Kofi Annan in the politico-diplomatic methods of work on the Syrian track, and then, as if exploring the ground, it hints at the possibility of a force scenario. There have been continued calls for Bashar al-Assad’s stepping down. ..»

La presse-Système, égale à elle-même

Pendant ce temps, la presse-Système poursuit son travail, – comment dirait-on ? Plutôt qu’hésiter entre “mésinformation” et “désinformation”, pourquoi pas “auto-mésinformation” ? (Il faut adopter ce terme pour souligner l’absence complète de conscience de l’imposture pourtant perpétrée, ce qui exclut la désinformation, mais imposture évidemment nourrie de mésinformation, – ceci et cela justifiant l’expression.) Le Guardian, de ce même 8 juin 2012, nous cite tous les témoins du nouveau massacre. Comme d’habitude, on ne peut les identifier, ou bien vérifier leurs témoignages si leurs noms sont donnés, mais on sait bien qu’ils vont tous dans le même sens. Notre “source unique” est à l’ouvrage.

On doit pourtant signaler, comme sortant du lot, ce commentaire de David Usborne, en direct des Nations unies, ce 8 juin 2012, dans The Independent, tant il abonde dans cette sorte de sophisme qui semble être l’aspect noble de l’exercice en “auto-mésinformation”. Ainsi Usborne cite-t-il Kofi Annan («For the sake of the people of Syria who are living though this nightmare, the international community must come together and act as one»), ce qui est aussitôt interprété par lui comme «a blunt message to Russia, which has resisted all moves that might lead to the removal of its ally Mr Assad». L’appel à la “communauté internationale” de Annan est donc, pour Usborne, 1) un ordre intimé à la Russie de s’aligner sur le bloc BAO, et 2) la consigne de faire tomber le régime Assad. Usborne, ou l’esprit large.

Ainsi donc Annan est-il enrôlé dans la “communauté internationale”, version-bloc BAO, et l’on imagine le parfait accord entre lui et la fine équipe du département d’État. Pourtant, n’est-ce pas Annan qui proclame que l’Iran «will be important part of the solution», tandis que Usborne nous rapporte ceci, terminé par l’avis catégorique de l’ambassadrice Rice que l’Iran est “une partie du problème” : «Mr Annan will discuss the contact group proposal with the US Secretary of State, Hillary Clinton, today. However, the US has already expressed scepticsm, not least because it would involve sitting at the same table with Iran. The US ambassador to the UN, Susan Rice, said Iran was “part of the problem” in Syria, playing a spoiler role.»

…Mais la Russie ne répond pas aux objurgations d’Usborne ! Car l’“unité” si particulière que Kofi Annan demande s’évapore devant nos yeux parce que les Russes écartent une résolution condamnant le seul Assad, sous le prétexte bien méprisable que l’“opposition” viole elle aussi le plan de paix proposé par Annan… Honte aux Russes, rejetés dans l’ombre crépusculaire de leur isolement absurde : «Just as Mr Annan was calling for unity, it began at once to evaporate before his eyes. While Britain and the US backed a new UN resolution that would threaten sanctions on the Syrian regime, Russia's ambassador, Vitaly Churkin, made clear Moscow's opposition to a resolution that focused only on punishing Damascus and not opposition groups that, he said, were also violating the ceasefire provisions of the Annan plan.»

Etc., etc. Bien, il est l’heure d’aller se reposer, Mister Usborne.

Le risque de l’embrasement

C’est pourtant dans The Independent qu’on trouve, à côté de la propagande robotisée, un remarquable article exposant clairement (un exploit) la complexité et la confusion de la situation, ainsi que les formidables enjeux qui surgissent. Mary Dejevsky, le 8 juin 2012, signe cet article, avec cette recommandation cardinale qui suit le constat des pressions des anti-Assad pour une intervention, après que ce deuxième massacre ait été mis automatiquement au débit de ce même Assad : «The urging is loud and it is impassioned. It should be resisted at all costs.»

«…At every level the picture is deceptive. Even on the smallest, most local scale things are less black and white than they have been made to look. Take Houla. For many proponents of intervention, it will be sufficient that 108 people, including women and children, were killed in cold blood. But initial accounts spoke of young children with cut throats. Not apparently true; all, it is now said, were shot when gunmen sprayed living quarters indiscriminately.

»That is bad enough, but it is not quite the same as singling out children and slashing their throats. Nor, strictly speaking, were the victims political opponents of the Assad regime. Local clan rivalries, rather than national politics, are now blamed. Even the assumption that Assad forces were responsible for the carnage is not quite true. In both Houla and now Qubair, it is shabiha militias – from Assad's Alawite clan, but not regular army troops – that are identified as the culprits.

»In many ways, these truths force a more pessimistic prognosis than the version initially put out – whether in ignorance or for propaganda purposes – by the anti-Assad opposition. If what began as an uprising is already manifesting itself along clan and religious lines, the enforced departure of Assad will not settle the dispute. It will merely rip the lid off, and allow oxygen into an already seething cauldron of strife, as foreign intervention did in Iraq. Is that something the Americans or the British, with or without the French, should get themselves into? Just as we have ended the painful withdrawal from Iraq and are still trying to extricate ourselves from Afghanistan?»

Certes, Dejevsky rappelle le “modèle libyen”, en note toutes les réalités, sa fausseté, sa présentation outrageusement avantageuse par rapport à la réalité («Militias, with tanks, shut down Tripoli airport only this week.»).. Et il s’agit aujourd’hui de la Syrie qui n’a rien à voir avec la Libye, où, contrairement à ce qu’il est dit, le gouvernement Assad est loin d’être isolé et impopulaire. («There are far more Syrians than Libyans; the country is more divided in every respect, and Assad himself – still – enjoys stronger support in more of the country than either the opposition or its foreign sympathisers like to admit.»)

Ainsi, la grande crainte de Dejevsky, c’est, comme Annan nous en avertit, l’explosion, au contraire de l’implosion libyenne ; c’est une région enflammée, emportée dans un tourbillon de désordre, et, bientôt, l’incendie qui embrase le reste... Quelque chose de bien pire que tout ce qu’on peut imaginer.

«If the violence in Syria escalates, with or without Assad, and outsiders intervene, it will be almost impossible to confine the turmoil within that country's borders. Even in more self-contained Libya, the overthrow of Gaddafi had unforeseen cross-border fallout – producing a coup and a power vacuum in Mali. With Syria, the risk is already of a region-wide conflagration in which almost every national border and every seat of power could be up for grabs.

»For now, it is utterly disingenuous of the US and Britain to call for action in Syria and blame Russia for being obstructive; a compliant Russia would only expose Western impotence. The reality is twofold. The first is that Kofi Annan's UN-backed plan, ailing and ineffectual as even he recognises it to be, is all that separates the region from mayhem. The second is that there are times when durable resolution is only possible when enemies are left, literally, to fight it out. From Europe, the current euro crisis might look like a threat to the world as we know it. But it is nothing, absolutely nothing, compared with what could happen if Syria explodes.»

L’hystérie le cède à l’inquiétude

Il est difficile de trouver spectacle plus confus et plus complexe que cette journée de l’ONU. Chacun y va de son interprétation, la presse-Système robotisée fait son travail d’“auto-mésinformation”, comme signalé plus haut. Partout s’élèvent des voix pour désigner le coupable déjà proclamé avant quelque enquête que ce soit, et déjà proclamé coupable du prochain massacre ; partout s’élèvent des voix pour faire gronder la menace de l’intervention dont tout le monde sait que ceux qui la proposent sont totalement impuissants à la faire, et d’ailleurs n’ignorant pas l’absurdité d’un tel projet…

Bref, le spectacle courant du Système en mode d’autodestruction. Pourtant, le rythme de l’unanimisme n’est plus le même que celui que nous subissions il y a deux semaines, après le massacre de Houla. Nous proposons, nous, quelques points qui, pour l’instant nous apparaissent clairement, et d’autant plus clairement après cette simili-“journée des dupes” de l’ONU.

• Une fois écartés tous ces bruits signalés plus haut, un point précis nous apparaît. L’hystérie est cette fois plus apaisée et, comme suggérée ici ou là, remplacée par l’inquiétude et une certaine réalisation du danger et de la complexité de la situation, – bref, un certain doute commençant à envelopper la narrative messianique construite à l’occasion de la catastrophe libyenne dont le bloc BAO n’a retenu que le prémisse “BHLien”, et qu’on voudrait nous resservir pour la Syrie.

Les Anglo-Saxons, ces charbonniers du désordre et de l’intervention par les armes, sont plutôt entrés dans une courbe rentrante. Ils mesurent leur impuissance et le rôle fondamental de la Russie, et que la Russie est et reste sur sa position. Il n’y a pas une phrase plus cruelle pour le bloc BAO que cette remarque de Dejevsky, qui met le doigt sur cette cuisante blessure que doit endurer le bloc BAO : seule une Russie puissante et maîtresse du jeu est de l’intérêt de tous, y compris du bloc BAO, car ainsi est dissimulée cette horrible nouvelle de l’impuissance totale de ce même bloc… «For now, it is utterly disingenuous of the US and Britain to call for action in Syria and blame Russia for being obstructive; a compliant Russia would only expose Western impotence.»

La Russie maîtresse du jeu, et l’avenir incertain

• Par conséquent, plus que jamais, la Russie est maîtresse du jeu et ce sera essentiellement son jeu, que cela plaise ou non à tous les perroquets américanistes-occidentalistes. La raison en est simplement, faut-il le dire une fois de plus, que le jeu de la Russie, avec des moyens d’influence et de puissance militaire qui permettent de le jouer, est celui de la recherche de la stabilité (tant que cette orientation reste possible, sans quoi et après quoi nous risquons d’avoir des surprises)… C’est-à-dire tout ce que ne fait pas, et tout ce que n’a pas fait le bloc BAO.

• En attendant, cette position de la Russie et la voie vers une tentative de contenir la crise syrienne passent par des exercices extrêmement complexes, comme cette conférence promise à devenir “groupe de contrôle” de la crise syrienne où, pour faire efficace, il serait nécessaire que figurât l’Iran (“l’Iran, une partie du problème”, selon l’ambassadrice US Rice, clone d’Hillary, qui semble promise au rôle de l’irresponsable de service de l’administration Obama ; “l’Iran, une partie importante de la solution du problème”, selon Kofi Annan). C’est dire que nous sommes loin, très loin d’une solution, ou de l’amorce d’une solution, tandis que grondent toutes les forces irresponsables de désordre que le bloc BAO, avec les amis démocrates des palais et palaces pétroliers du Qatar et de l’Arabie, a activées durant ces douze derniers mois dans cette crise syrienne… Plus que jamais, la menace est donc celle de l’“explosion” (au contraire de la Libye, qui “implosa”), c’est-à-dire toute la région bouleversée, en une extension au sein de la crise haute qui va embraser et intégrer toutes les autres crises.

• La conclusion de Dejevsky est complètement d’actualité en tant que menace quasiment existentielle : «From Europe, the current euro crisis might look like a threat to the world as we know it. But it is nothing, absolutely nothing, compared with what could happen if Syria explodes.» Nous dirions, avec une nuance, que la dynamique crisique monstrueusement accélérée par une explosion de la Syrie entraînerait toutes les autres dans un maelström, qui ne serait autre que la crise haute enfin parvenue à un paroxysme. Et, là aussi, nous nous répétons parce qu’il faut en être bien convaincu, que c’est tout le Système qui est directement exposé à l’effondrement, – “menace existentielle” pour le Système… Au fait, – faut-il attendre cela avec horreur, – ou bien murmurer : “enfin, nous y voilà”…

08/06/2012

Les USA n'ont vraiment plus la cote en Amérique du Sud. Un nouveau soufflet vient de leur être adressé par 4 pays en raison de l'appui US à Londres lors de la guerre des Malouines. Ces 4 pays soutiennent l'Argentine contre la Grande-Bretagne.

La déroute des USA se poursuit en Amérique du Sud

07/06/2012

L'agence chinoise Xinhua a publié le 6 juin un article signalant le retrait de quatre pays sud-américains – le Venezuela, la Bolivie, le Nicaragua et l'Equateur – du Traité interaméricain d'assistance réciproque (TIAR), un accord hémisphérique de défense mutuelle signé en 1947 connu également sous le nom de Traité de Rio. Cette annonce a été faite dans le cadre de la 42ème Assemblée générale de l'Organisation des Etats américains (OEA), qui s'est clôturée mardi dans la ville bolivienne de Cochabamba.

Le motif ? La guerre des Malouines qui opposa l'Argentine au Royaume-Uni durant laquelle les USA apportèrent leur soutien au Royaume-Uni au lieu de soutenir l'Argentine.

«Dans leur déclaration, les quatre pays ont indiqué que le Traité de Rio regroupant 22 membres avait été créé comme un mécanisme de défense collective du continent, soulignant que ce traité avait cependant démontré ses limites lorsque la Grande-Bretagne avait attaqué l'Argentine en 1982 dans la tentative de reconquérir les îles Malouines (îles Falkland pour la Grande-Bretagne).

»“Un pays membre du Traité de Rio a épaulé l'attaque (contre

l'Argentine)”, ont-ils relevé, faisant allusion aux Etats-Unis. Les quatre pays en question ont décidé de se retirer du Traité, arguant que les Etats-Unis n'étaient plus dignes d'être membre de cette organisation régionale.

»

A l'époque (comme aujourd'hui) les USA étaient partagés entre deux traités : celui du Rio et celui de l'OTAN qui les liaient aux deux protagonistes du conflit. Certes dans les deux cas, la rédaction de l'article 5 précise que chaque pays signataire est libre de choisir la forme de soutien qu'il apporte au pays agressé (de la simple condamnation verbale à l'intervention militaire). Mais de là à prendre le parti d'un des deux camps et contrevenir à ses obligations envers l'autre, il y a un gouffre, gouffre qui n'importait guère à l'époque quand la puissance des USA et le contexte de guerre froide étaient suffisants pour masquer ces entorses au droit international. Mais aujourd'hui la puissance des USA a suffisamment diminué pour que resurgissent ces fantômes du passé.

Clairement la crise des Malouines réactivée par la présidente argentine, Mme Cristina Fernandez de Kirchner, au demeurant largement soutenue en Amérique du Sud comme évoqué ici le 21 avril dernier, continue à se développer. Moins de deux mois après le désastreux Sommet des Amériques, une nouvelle étape vient d'être franchie avec le retrait des quatre pays membre de l'Alliance bolivarienne pour les Amériques (ALBA). Cette crise continue donc à se développer à un rythme élevé et met en lumière ce thème de désintégration des USA et du Système : les engagements internationaux multiples et contradictoires.

Les USA sont-ils contents que les quatre membres de l'ALBA leur simplifient la tâche en prenant l'initiative de torpiller l'un des traités ? Rien n'est moins sûr. De même il est même probable qu'ils n'aient toujours pas accepté que l'Organisation de Coopération de Shangaï – qui se réunit actuellement – leur ait refusé le statut d'observateur qu'elle vient tout juste d'accorder à l'Afghanistan. Pourtant, ces décisions et refus sont autant de limites salutaires qui leur permettant de librement tenir ce discours agressif. La “logique” du Système est par nature incapable d'accepter toute limite.

Bilbo

05/06/2012

La Turquie négocie un virage diplomatique dans la crise syrienne. Elle y est bien forcée par une contestation interne grandissante de cette prise de position alignée sur celle des USA. Mais quel voisin la croira dorénavant? L'Empire ottoman avorté?

Volte-face de la Turquie sur la Syrie ?

04/06/2012

Des indications de plus en plus précises montrent que la Turquie serait en train de réviser radicalement sa stratégie et sa politique dans la crise syrienne, vieilles de 14 mois, mises sur la même ligne que le bloc BAO. Déjà, au début mai 2012, le 7 mai 2012, M K Bhadrakumar jugeait qu’il y avait des signes convaincants de l’évolution de la Turquie…

«What gives cautious optimism is also that Turkey has been “retreating”. Notably, FM Ahmet Davitoglu has retracted from his rhetoric. He probably sensed that he crossed a red line and there has been adverse reaction in the Arab world, which is historically very sensitive about the Ottoman legacy. Besides, within Turkey itself, the government’s Syria policy has come under heavy fire. A Turkish intervention in Syria can be safely ruled out in the absence of a national consensus within Turkey.»

Le 3 juin 2012, une analyse de DEBKAFiles tend à confirmer cette évolution turque. Elle confirme par ailleurs, plus précisément, une sensation ressentie durant la semaine qui a suivi le massacre de Houla, où la Turquie s’est montrée extrêmement discrète, voire dispensatrice d’un silence assourdissant. Dans le concert humanitariste général des “Amis de la Syrie”, dont elle était un des membres les plus actifs (jusqu’à accueillir le club en mars à Istanboul), la discrétion de la Turquie a constitué un évènement remarquable… DEBKAFiles écrit :

«…In an astonishing about face, Turkey has just turned away from its 14-month support for the anti-Assad revolt alongside the West and made common cause with Russia, i.e. Bashar Assad. […]

»Washington, London and Paris began rushing forward contingency plans for this eventuality upon discovering that Ankara had secretly notified leaders of the rebel Free Syrian Army Thursday, May 31 that it had withdrawn permission for them to launch operations against the Assad regime from Turkish soil. It was then realized that Turkish Prime Minister Tayyip Erdogan and his Foreign Minister Ahmet Davutoglu had stabbed Western-Arab Syrian policy in the back and moved over to help prop Assad up at the very moment his regime was on the point of buckling under international after-shocks from the systematic massacres of his own people.

»That day, Erdogan’s betrayal was confirmed when Davutoglu announced over Turkish NTV: “We have never advised either the Syrian National Council or the Syrian administration to conduct an armed fight, and we will never do so.” He added: “The Syrian people will be the driving force that eventually topples the Syrian regime. Assad will leave as a result of the people’s will.” This was precisely the view voiced this week by Russian President Vladimir Putin, when he spoke out against violent rebellion, military intervention and sanctions to topple the Syrian ruler.

»For the time being, the pro-Assad Moscow-Tehran front, bolstered now by Ankara, has got the better of Western and Arab policies for Syria…»

Avant le texte cité plus haut, le 30 avril 2012, le même M K Bhadrakumar, lors d’un séjour en Turquie, appréciait sévèrement la position turque dans la crise syrienne, jugeant catastrophique pour ce pays de “suivre la voie des USA”, et s’interrogeant sur les choix d’Erdogan («Isn’t Turkey following the footsteps of the US — getting bogged down in quagmires some place else where angels fear to tread, and somewhere along the line losing the plot? I feel sorry for this country and its gifted people. When things have been going so brilliantly well, Erdogan has lost his way.»). La surprenante et assez incompréhensible politique syrienne de la Turquie depuis le printemps 2011 (expliquée par certains, et à notre sens d’une façon très acceptable, par des traits de caractère et d’humeur des deux principaux dirigeants turcs, Erdogan et Davutoglu , – voir le 29 février 2012) serait ainsi en train de changer et l’on pourrait à nouveau applaudir à la politique de ce pays, – parce qu’Erdogan aurait “retrouvé sa voie” un instant égaré.

DEBKAFiles parle de “la trahison d’Erdogan”, ce qui est un bon signe d’une certaine assurance qu’on pourrait avoir de la réalité de ce tournant. Il y a eu, ces derniers jours, un regain de déclarations officielles turques fortement en faveur de l’Iran (voir PressTV.com, le 31 mai 2012), et ceci va évidemment avec cela.

Dans tous les cas, on observera le caractère de volatilité extrême de la crise syrienne, avec l’apparente affirmation de “lignes” très affirmées (pro ou anti Assad), mais plutôt comme éléments de communication. Du point de vue de la politique suivie, il existe une réelle fluctuation pour la plupart des pays dont la politique n’est pas fondée sur des choix politiques clairs et explicitées par des arguments convaincants, cela montrant qu’il n’y a pas non plus de leadership politique impératif (notamment, rien de ce point de vue, pour le parti anti-Assad de la part des USA) mais des décisions suivant les perceptions générales, les intérêts, les humeurs et les influences temporaires, et les réactions des uns et des autres vis-à-vis de la pression constante et très puissante du Système. Cela rend compte de la manufacture particulière de la crise syrienne, où les facteurs d’idéologies de communication (humanitarisme, libéralisme interventionniste) et d’artificialité de certains groupes (nombre de groupes “rebelles” formés de toutes pièces, sans racines intérieures) tiennent une place très spécifique, où le caractère politique principal est la création du désordre et l’opposition aux principes structurants. Au reste, il s’agit bien d’une situation très caractéristique, d’une époque évidemment “crisique”, faite quasi exclusivement de crises diverses, où domine la dynamique d’autodestruction du Système.

 

Mis en ligne le 4 juin 2012 à 16H31