12/07/2011

Le 11 juillet symbolise plus l'unification des peuples belges que le nationalisme exacerbé et restrictif des Klauwaerts du 21ème siècle.

11 juillet 1302
La «bataille des éperons d'or»
 
   
 

Le 11 juillet 1302, l'armée féodale du roi Philippe le Bel rencontre les milices communales de Flandre aux abords de la forteresse de Courtrai. Cette bataille survient quelques semaines après les «Matines de Bruges», une journée qui vit le massacre de la garnison française de la ville.

Les milices humilient les chevaliers

Les milices flamandes, les «Klauwaerts» (du parti de la griffe), encadrées par quelques chevaliers, prennent position sur une hauteur, au bord de la Lys. Les chevaliers français, en bien plus grand nombre, s'établissent sur la colline de Mossemberg. Ils sont organisés en une dizaine de troupes, sous le commandement de grands seigneurs tels le comte d'Eu, le comte d'Aumale, le connétable Raoul de Nesle, le comte de Saint-Pol...

La bataille commence avec l'intervention des arbalétriers français. Ils repoussent leurs adversaires puis les «piétons» (nom donné au Moyen Âge aux soldats à pied ou fantassins) se mettent en marche pour achever d'écraser l'ennemi.

Le comte Robert II d'Artois, qui commande l'armée française, lance à son tour sa chevalerie à l'attaque. Mais dans leur impatience d'en découdre, les chevaliers bousculent les malheureux piétons, tout cela pour s'embourber et chuter dans les fossés derrière lesquels s'abritent les Flamands. La bataille s'achève pour les Français sur un désastre sans nom.

Robert d'Artois lui-même est tué, les assaillants dédaignant de le capturer pour en tirer rançon (sa fille Mahaut et son petit-fils, également prénommé Robert, seront au coeur de la saga de Maurice Druon : Les rois maudits).

Les Flamands ramassent dans la boue de la plaine de Groeninghe les ornements abandonnés par les chevaliers français. Ces fameux éperons d'or iront orner l'église Notre-Dame de Courtrai.

Aujourd'hui, beaucoup de Belges et surtout de Flamands voient dans cette victoire la naissance de leur nation. Par ailleurs, le grand historien belge Henri Pirenne a voulu voir dans la «bataille des éperons d'or» la première manifestation de l'unité belge par le fait que des gens du comté de Namur (Wallonie actuelle) combattirent aux côtés des Flamands.

Vers une paix durable

Philippe le Bel obtiendra une revanche deux ans plus tard à la bataille de Mons-en-Pévèle où il combattra lui-même vaillamment en première ligne. Les Français récupèrent illico les éperons et les transfèrent dans une église de Dijon !

Le 23 juin 1305, une paix de compromis signée à Athis permettra au roi de France d'annexer seulement Lille, Douai et Béthune. La France aura alors atteint la frontière qui sera encore sienne sept siècles plus tard en dépit de nombreuses guerres.

Dans les clauses du traité d'Athis qui conclut le conflit de Flandre, les Brugeois ne sont pas oubliés : «Le devant dit notre sire le roi pourra punir trois mille personnes de la ville de Bruges et du terroir d'icelle, celles qui lui sembleront les plus coupables des faits passés, c'est à savoir par voyages et pèlerinages : mille outre-mer s'il lui plaît, et deux mille où il lui plaira mieux en deçà de la mer, et tant comme il lui plaira.»

Il faut savoir que la ville de Bruges compte alors trente mille habitants. Obliger le dixième de la population à des pèlerinages en terre lointaine revient à ruiner la ville. Les Flamands dénoncent un «traité de misère». En définitive, lorsque le traité sera enfin appliqué en 1307, la peine des pèlerinages sera commuée en une amende de 300 000 livres.

André Larané

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20/06/2011

Un peu d'histoire pour éclairer le présent et prévoir l'avenir lucidement. Attila, nom porté par beaucoup de Hongrois, euh... Magyars.

20 juin 451

Attila est battu aux Champs Catalauniques        
 
Atilla fléau de dieu.jpg 
 

Les Huns, de terrible réputation, sont battus aux environs du 20 juin 451, en un lieu que les chroniqueurs ont appelé «Champs Catalauniques» parce qu'ils le situaient aux environs de Châlons-en-Champagne (Duro Catalaunum à l'époque gallo-romaine)...

Aujourd'hui, on croit savoir que la bataille se serait en réalité déroulée près de Troyes, en un lieu appelé «Campus Mauriacus», dans la plaine de Moirey (commune de Dierrey Saint-Julien). Quoi qu'il en soit du lieu exact de la bataille, l'essentiel est qu'elle entraîne l'éviction des Huns hors de Gaule, après une brève mais terrible incursion. Leur départ laisse le champ libre... aux Francs de Clovis.

Jean-François Zilberman.
Mystérieux Huns

Les Huns qui ont menacé au Ve siècle aussi bien l'Europe que les Indes et la Chine sont des nomades de type mongoloïde (asiatique) et de langue ourano-altaïque, quelque peu apparentés aux Turcs. Notons que les Hongrois actuels se les donnent pour ancêtres et ne répugnent pas à prénommer un garçon Attila !

Apparition et disparition des Huns

Surgis de la lointaine Asie, les Huns s'installent au IIIe siècle de notre ère dans la région du Danube en poussant devant eux les Germains.

Sous leur pression, ces derniers se mettent à leur tour en marche vers l'ouest et pénètrent dans l'Empire romain. C'est ainsi qu'en 378, des Germains dénommés Wisigoths franchissent le Danube et attaquent l'armée de l'empereur Valens.

Tandis que les Huns stationnent dans les plaines sauvages d'Europe orientale, l'un de leurs princes, Attila, est élevé à la cour de l'empereur romain d'Orient, à Constantinople, en qualité d'otage. En 434, alors âgé d'une quarantaine d'années, il succède sur le trône des Huns à son oncle Rudas (ou Ruga), au côté de son frère Bleda. Dix ans plus tard, il assassine celui-ci et devient roi de tous les Huns. Quelque peu mégalomane, il s'attribue le titre d'Europæ Orbator (empereur d'Europe).

Attiré par les richesses de l'empire romain à son crépuscule, dont il a mesuré la séduction lors de son séjour dans les palais de la Corne d'Or (Constantinople), Attila arrive sous les murs de Constantinople mais renonce au siège et se contente de la promesse d'un colossal tribut.

Puis il tourne ses regards vers l'Occident gallo-romain. S'ensuit une histoire vaudevillesque. Honoria, soeur de l'empereur romain d'Occident Valentinien III, appelle Attila à l'aide contre son frère qui veut l'envoyer à Constantinople et l'obliger à prendre le voile. Honoria, qui n'a pas la réputation d'une oie blanche, promet sa main à Attila. Dans le même temps, le roi des Vandales, Genséric, encourage Attila à attaquer le royaume rival des Wisigoths de Toulouse.

C'est ainsi que le roi des Huns franchit le Rhin et envahit la Gaule à la tête d'une colossale armée de 200.000 hommes de toutes origines (Huns mais aussi Germains, tels que Gépides, Skires, Suèves, Francs....), non compris les troupeaux de chevaux et de boeufs qui servent de garde-manger. Metz est détruite le 7 avril 451 et ses habitants massacrés.

À Paris, qu'on appelle encore Lutèce, Sainte Geneviève, l'une des autorités de la ville, fait valoir à ses concitoyens qu'il est plus judicieux de résister derrière les murailles de l'île de la Cité que de s'enfuir sur les routes où ils seraient immanquablement rattrapés par les cavaliers huns. Elle leur recommande de jeûner pendant trois jours pour s'attirer la bienveillance de Dieu. Ô miracle, celui-ci exauce leurs prières. Attila, considérant que le jeu n'en vaut pas la chandelle, renonce à prendre la ville et poursuit sa marche vers Orléans.

Voilà qu'une armée se porte à la rencontre des envahisseurs, avec à sa tête le «maître de la milice» Aétius, un général romain qui fut son compagnon d'armes dans sa jeunesse, et Théodoric 1er, le roi wisigoth de Toulouse. Attila se replie vers le Rhin mais il est rejoint par la coalition de Gallo-Romains et de Wisigoths aux «Champs Catalauniques». S'ensuit une mêlée confuse de plusieurs jours, sans véritable vainqueur, où Théodoric trouve la mort.

Le roi des Huns repasse le Rhin, refait ses forces et décide d'enlever Rome, mais le pape Léon 1er le Grand, principale autorité locale, va à sa rencontre aux portes de la ville. Les deux hommes devisent agréablement en latin et le redoutable guerrier se laisse convaincre de rebrousser chemin (quelques mois plus tard, la ville n'aura pas la même chance quand surviendront les Vandales de Genséric).

Attila s'en retourne vers la Pannonie et la région du Danube avec ses troupes, ses trésors, ses troupeaux, ses femmes et ses serviteurs. Il meurt peu après, victime d'une attaque d'apoplexie à moins qu'il n'ait été assassiné par sa concubine de la nuit.

Les Huns sortent de l'Histoire aussi soudainement qu'ils y étaient entrés. Ils n'auront rien fait d'autre que de réveiller et pousser devant eux les tribus germaines éparpillées entre le Rhin et le Dniepr.

Épopée germano-hunnique

Le souvenir des Huns se conserve dans le plus célèbre chant épique de langue germanique, le Chant des Nibelungen, composé au XIIe siècle du côté de l'Autriche. Ce chant est le pendant oriental de la Chanson de Roland ou des Chevaliers de la Table ronde.

Magnifié par un opéra de Richard Wagner, au XIXe siècle, il raconte le sort tragique du chevalier Siegfried, en quête du mythique trésor des Nibelungen et victime d'une vengeance personnelle.

L'épopée mêle plusieurs éléments de l'histoire des Huns, notamment leur victoire sur les Burgondes de la région de Worms, vers 435, et la mort d'Attila, mystérieusement assassiné par une concubine d'origine germanique (burgonde?) du nom d'Hildiko.

Le Fléau de Dieu

Attila, personnage mal connu, se prête à toutes les interprétations. Il demeure un héros très populaire en Hongrie où son prénom est porté par beaucoup d'hommes, car les Hongrois se réclament des Magyars, peuple nomade turco-mongol apparenté aux Huns.

En Occident, par contre, le dernier roi des Huns garde l'image d'un barbare intégral. Cela vient de ce que les chroniqueurs chrétiens du Moyen Âge l'avaient surnommé le «Fléau de Dieu». Le fléau est un outil dont se servaient les paysans pour battre les épis de blé et en extraire les grains. De la même façon, selon les clercs de son époque, Attila aurait été envoyé par Dieu pour punir les hommes de leurs péchés et les ramener à lui.

Bibliographie

Sur Attila et les principaux acteurs de cette époque pleine de tragédies, on peut lire la biographie romanesque de Maurice Bouvier-Ajam : Attila, le Fléau de Dieu (éditions Tallandier, 1982).

09:27 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.herodote.net

13/06/2011

Le ventre de "mère patrie" est gonflé de bonheur. Le bébé se porte à merveille mais la naissance se fera attendre et dans la souffrance.

4 juin 2010

Turquie : le réveil ottoman

La Turquie change. En quatre mois, le gouvernement de Recep Tayyip Erdogan (AKP, islamiste) a mis au pas l'armée, s'est rapproché de l'Iran et éloigné d'Israël et de l'Europe. La nostalgie de l'empire ottoman revient en force...

Les Européens croyaient avoir affaire à un État pauvre, désireux de se fondre dans l'Union européenne et de bénéficier de sa manne financière, comme en d'autres temps la Grèce, l'Espagne et le Portugal.

En cette année 2010, ils découvrent un peuple «fier et sûr de lui», qui défie les Occidentaux en débattant avec le Brésil et l'Iran de l'avenir nucléaire de ce dernier (17 mai 2010) puis jette aux orties son amitié avec Israël et défie l'État hébreu en tentant de forcer le blocus de Gaza avec une flottille «humanitaire» (31 mai 2010).

Ces événements prennent tout leur sens dès lors qu'on les rattache à l'Histoire longue de la Turquie (75 millions d'habitants sur 780.000 km2 en 2010, avec une densité comparable à la France).

L'oeuvre d'Atatürk

La République turque a été fondée le 23 octobre 1923 sur les décombres de l'empire ottoman par le général Moustafa Kémal. Surnommé Kémal Atatürk («Père des Turcs») ou le Ghazi (le «Victorieux»), cet émule de Mussolini veut libérer son peuple de l'emprise de l'islam et bâtir un État-Nation sur le modèle occidental. Son principal soutien est l'armée, qui lui est reconnaissante de ses victoires sur les Grecs.

En 1937, un an avant sa mort, Atatürk fait inscrire le principe de laïcité dans la Constitution. Ses successeurs peinent toutefois à réaliser son rêve et mettre en application ce principe.

Mécontents des dérives du régime, les généraux commettent trois coups d'État en 1960, 1971 et 1980.

la tentation européenne :

 

Instable et fragile, avec une économie en dents de scie, une rébellion persistante dans les régions kurdes (25% de la population totale) et la montée des mouvements islamistes dans les campagnes, la Turquie kémaliste joue à fond la carte occidentale.

Membre de l'OTAN et du Conseil de l'Europe, partenaire privilégiée d'Israël, elle voit sa candidature à l'Union européenne agréée au sommet d'Helsinki en décembre 1999. Ses élites, à Instanbul et Ankara, rêvent à haute voix d'une prochaine entrée dans l'Union européenne, comme la Grèce voisine, rivale jalousée.

la tentation «pantouraniste» :

Suite à l'éclatement de l'URSS et à l'émancipation des républiques turcophones d'Asie centrale, la Turquie a aussi, brièvement, la tentation de renouer avec le«pantouranisme» d'Enver Pacha, rival malheureux de Moustafa Kémal : il s'agirait d'unir tous les peuples issus des nomades turcs originels, si différents soient-ils par leur histoire, leur environnement culturel et même leur apparence physique !

Le renouveau avec Erdogan

Là-dessus, coup de théâtre. Le Parti de la Justice et du Développement (AKP), qualifié d'«islamiste conservateur» ou «modéré», arrive au pouvoir à la faveur des élections législatives du 3 novembre 2002. Les militaires y voient une menace pour la République laïque de Moustafa Kémal.

Mais le nouveau Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, qui peut compter sur le soutien populaire, consolide les institutions démocratiques. Il fait des ouvertures en direction des Kurdes et autorise les langues minoritaires dans les médias. Il impose l'élection au suffrage universel du président de la République, contre l'avis de l'armée.

À l'extérieur, il pacifie les relations de la Turquie avec ses frères ennemis, la Grèce et l'Arménie, pour ne plus les avoir contre lui et couper l'herbe sous le pied des militaires. Il donne aussi quelques gages à l'Europe en abolissant la peine de mort mais se montre ferme sur la question chypriote.

Fort de ces succès et d'une gestion globalement satisfaisante de l'économie, il met l'armée au pas. Pas moins de 200 arrestations en deux ans jusqu'au coup de force du 22 février 2010. Ce jour-là, la justice turque arrête pas moins de cinquante officiers de haut rang. Ce coup de filet sans précédent met un point final à la guerre d'escarmouches que mène l'état-major laïciste contre le gouvernement islamiste.

Erdogan a dès lors les mains libres pour mener une diplomatie selon ses vœux : rapprochement avec l'Iran, rupture avec Israël, éloignement de l'Europe...

 

Retour aux racines ottomanes

Signe des temps, les commémorations de la prise de Constantinople par les Turcs (29 mai 1453) ont connu en 2010 une ampleur exceptionnelle cette année (voir Le Monde, 31 mai 2010). Elles manifestent le retour en force d'un «néo-ottomanisme» qui magnifie le passé ottoman.

Ce courant orientalisant était déjà manifeste dans l'exposition «De Byzance à Istanbul», qui s'est tenue en 2009 au Grand Palais, à Paris. Nous nous étions étonnés dans la lettre d'Herodote.net que la conservatrice turque de cette exposition ait souligné à gros trait la césure de 1453 et omis d'évoquer Sainte-Sophie, trait d'union majeur entre toutes les civilisations qui se sont succédé dans la ville. Cet «oubli» reflétait tout simplement le point de vue dominant dans la Turquie d'aujourd'hui, à savoir que celle-ci est fille de l'empire ottoman et en opposition avec l'Occident.

Dans le même temps, le Premier ministre turc exalte le «glorieux passé» de la Nation et invite ouvertement ses compatriotes établis dans les pays occidentaux, en France comme en Allemagne, à rester fidèles à leurs racines.

D'Atatürk à Erdogan

Par ses choix politiques, Erdogan se pose en héritier d'Atatürk plus sûrement que ses officiers d'état-major.

Atatürk a créé la Turquie sur le modèle des prestigieux États-Nations européens d'avant 1914 pour lui éviter de sombrer dans le chaos moyen-oriental. Il n'a pas craint non plus de défier les vainqueurs de la Grande Guerre en déchirant le traité de Sèvres.

Erdogan, quant à lui, encourage l'islamisation de son pays pour prévenir sa dissolution et la perte de sa singularité dans l'Europe anomique d'aujourd'hui. Tout musulman qu'il soit, c'est, comme Atatürk, un nationaliste résolu, aux antipodes de l'internationalisme d'al-Qaida.

C'est aussi, sans doute, un démocrate, mais qui aspire à une démocratie vigoureuse, respectueuse des intérêts nationaux et de l'identité religieuse ; tout le contraire des démocraties européennes actuelles.

D'ailleurs, les cercles dirigeants européens pourraient-ils sérieusement s'accommoder d'une «laïcité» turque qui interdit à tout citoyen né dans la religion d'État (l'islam) de renoncer à celle-ci et oblige tout citoyen de cette même religion qui épouse un(e) non-musulman(e) à élever ses enfants dans l'islam ?...

Dans ses rapports avec Chypre, l'Iran et Israël, Erdogan ne craint pas de défier les Occidentaux lorsqu'il y va selon lui de l'intérêt national. Autant de raisons qui lui valent une grande popularité non seulement en Turquie mais aussi dans les pays arabes.

 

Équivoque européenne

 

Arrivé au pouvoir alors que la Turquie était déjà en train de négocier son entrée dans l'Union européenne, Erdogan a laissé le processus se poursuivre cahin-caha pour ne contrarier ni l'armée ni la bourgeoisie d'affaires d'Istanbul. Il n'a rien fait non plus pour hâter les choses et, aujourd'hui, a tout lieu de s'en féliciter.

Beaucoup de Turcs, il y a dix ans, fondaient leurs espoirs sur la générosité de l'Union européenne comme, avant eux, la Grèce, l'Espagne, le Portugal et l'Irlande. Submergés par l'argent «gratuit» de Bruxelles, ces pays sont aujourd'hui au bord de la faillite et sous tutelle de la Commission et du FMI. L'Union est elle-même à la dérive après avoir désarmé les États-Nations qui faisaient sa force.

Revenus de leurs illusions devant le désastre grec, les Turcs ne rêvent plus d'une intégration dans l'Union européenne mais se gardent de le dire à haute voix à leurs homologues européens.

Ils découvrent de nouveaux motifs de satisfaction dans les offensives diplomatiques de leur Premier ministre. Peu leur chaut qu'elles déplaisent aux Européens... Au terme d'un parcours sans faute, Recep Tayyip Erdogan est en piste pour devenir la personnalité de l'année 2010. Ce sera chose faite avec la récompense attribuée en grande pompe par un connaisseur en la matière, Mouammar Kadhafi (*).

Joseph Savès.

 

Plaque tournante de l'immigration vers l'Europe

Le gouvernement Erdogan a sciemment transformé la Turquie en plaque tournante de l'immigration clandestine vers l'Union européenne.

Année après année, quelques centaines de milliers d'Africains et d'Orientaux traversent le pays avec la complaisance des autorités qui les poussent vers la frontière grecque. Les migrants accédent ainsi à la zone Schengen de libre circulation sur tout le territoire européen.

Tétanisés par la crainte de déplaire à un gouvernement qu'ils persistent à voir comme un allié et même un futur membre de l'Union européenne, les dirigeants du Vieux Continent n'osent réagir. Erdogan qui, lui, ne mâche pas ses mots quand l'identité turque ou islamique est en cause, a tout lieu de se féliciter de ce jeu de dupes qui affaiblit l'Union.