31/01/2012

Une nouvelle venue, entièrement européenne (franco-autrichienne), dans les agences de notation : "Wikirating".

Wikirating, première agence de notation participative

30.01.2012 | 12:00

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Intrusion collective sur le territoire des agences de notation: le site Wikirating propose de noter les Etats selon d'autres critères, en intégrant les indicateurs de dévelopement humains et la corruption. Pied de nez au marché, la notation est participative. Résultat: le triple A ne va pas à celui que l'on croit.

Panique sur les marchés. La note de la dette souveraine de la France est tombée à… BB- et l’Allemagne fait à peine mieux avec un modeste BB+. Soit une chute de… dix niveaux par rapport à son fameux triple A, que plus aucun pays de l’Union européenne n’affiche. Le "Graal" de Standard & Poor’s (S&P) n’est plus attribué qu’à deux pays au monde : Hong Kong et Luxembourg.

Le Wikipedia du marché

Cette nouvelle plutôt apocalyptique pour les caisses publiques des grands États n’est pas tirée d’un roman noir ou d’un film catastrophe, elle est le fruit du travail d’une toute nouvelle agence de notation fondée par deux informaticiens français et autrichiens, qui travaillent en Suisse pour des sociétés spécialisées dans les logiciels bancaires. Wikirating - c’est son nom - est la première agence de notation communautaire au monde.

Sur le même modèle que Wikipedia, elle permet aux internautes de juger eux-mêmes la capacité de financement des pays et des grandes entreprises. L’un des deux indicateurs de cet institut virtuel est, pour ne rien vous cacher, totalement subjectif: il représente la moyenne des notes données par les surfeurs sur la Toile.

L'économie ne dit pas tout

Mais un second indice, le SWI, est lui beaucoup plus sérieux. Pour définir la notation d’un pays, Wikirating met en relation données macro-économiques et indices de développement, de corruption ou de stabilité politique. Parmi les critères économiques retenus:

  • La dette publique (qui compte pour 50% du calcul),
  • La balance des paiements (20%),
  • Le taux de croissance (10%),
  • L'inflation (10%),
  • Le taux de chômage (10%).

Le résultat ainsi obtenu est ensuite multiplié par trois une autre variable composée de la position de chaque pays selon trois indices :

Le modèle est appelé à évoluer. Erwan Salembier, un des co-fondateurs de ce nouveau shérif de la finance, explique à Myeurop:

Notre méthode actuelle est assez basique et nous sommes disposés à l’améliorer en fonction des idées que nous donneront nos contributeurs. Des internautes nous proposent de prendre également en compte l’environnement social ou la notation environnementale des pays et des entreprises.

Les deux ingénieurs ont mis 18 mois à élaborer Wikirating, et semblent un peu débordés par le succès de leur initiative.

Alternative à S&P et consors

Depuis sa mise en ligne le 3 octobre 2011, le site a déjà reçu 40.000 visiteurs uniques et, chaque jour, 2 à 3.000 nouveaux internautes viennent surfer sur ses pages. "Nous avons été obligés d’acheter du matériel supplémentaire car notre serveur ne parvenait plus à supporter le volume de visite, reconnaît Erwan Salembier. Nous aurions aujourd’hui besoin d’embaucher des gens pour améliorer Wikirating mais nous n’avons aucune ressource financière et nous manquons aussi de temps car nous avons avec Dorian Credé un emploi à 100%."

L’intérêt suscité par cette agence de notation communautaire s’explique. Pour l'ingénieur français, qui travaille à Zurich,

Nous [Wikirating] représentons la première offre alternative aux sociétés traditionnelles qui se font payer par les clients qu’elles sont supposées juger. Notre concept est également tout à fait nouveau et notre thème est dans l’air du temps…

Les pays du Sud mieux notés

La lecture du classement des dettes souveraines établi par Wikirating permet d’en tirer un enseignement principal particulièrement intéressant: les notes attribuées par l’agence communautaire aux grands pays occidentalisés sont systématiquement inférieures à celles établis par S&P, Moody’s et Fitch.

A l’opposé, de nombreuses notes données par Wikirating aux pays pauvres ou en voie de développement comme l’Azerbaïdjan, le Honduras, la Bolivie ou la Macédoine sont supérieures à celles des grandes agences. Cette dichotomie peut paraître surprenante.

Mais Erwan Salembier a une raison toute simple pour expliquer ce constat:

Les pays riches paient les agences pour être notées alors que les nations les plus défavorisées ne leur donnent pas d’argent.

Triste constat.

28/01/2012

Une majorité de Hollandais semble ne pas avoir lu le journal d'A. Frank ou alors le renie-t-elle comme un faux. L'antisémitisme devient national.

La négation de l’holocauste ne sera pas punie aux Pays-Bas

Le mémorial de l'holocauste à Berlin / Markus Schreiber / AP / SIPA

26.01.2012 | 18:50

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Face à la recrudescence de l’antisémitisme aux Pays-Bas, un député proposait de criminaliser la négation de l’holocauste. Le gouvernement est hostile au projet, au nom de la sacro-sainte liberté d'expression. Une position qui contraste avec la récente adoption, en France, de la loi pénalisant la négation du génocide arménien.

Un parlementaire néerlandais, Joël Voordewind (parti protestant Christen Unie), avait proposé une loi criminalisant non seulement la négation de l’holocauste, mais aussi sa minimisation. Le gouvernement néerlandais vient de se prononcer contre.

Recrudescence inquiétante de l’antisémitisme

Voordewind justifiait son projet de loi par la recrudescence récente de l’antisémitisme aux Pays-Bas. Et pas uniquement dans les quartiers majoritairement habités par des populations musulmanes, comme le déclarent volontiers Geert Wilders et autres populistes du PVV. Dans les sphères sportives et culturelles aussi, comme en témoigne l’affaire de l’ADO-La Haye.

En mars 2011, les supporters du club de La Haye, après leur victoire contre le club de l’Ajax, ont entonné une chanson "nous allons à la chasse aux Juifs". Deux vedettes du club, Lex Immers et Charlton Vicento, se sont jointes aux supporters et ont même dansé sur le chant antisémite en présence de leur entraîneur et de son assistant, qui n’ont pas cru bon de réagir…

Même si, dans le jargon des supporters de La Haye, "juif" signifie en réalité "joueur de l’Ajax", la fédération néerlandaise de football ne l’a pas entendu de cette oreille et a imposé au club la plus lourde amende infligée aux Pays-Bas. Les joueurs et l’entraîneur ont ensuite présenté leurs excuses.

Ce cas est loin d’être isolé. Au point que Frits Bolkestein, ancien commissaire européen et ex-ministre libéral conseillait aux "Juifs de quitter les Pays-Bas". Ce que 60 % d’entre eux envisageraient selon une enquête réalisée par Giulio Meotti et relayée par le site de droite Xandernieuws…

La liberté d’expression, fondement du modèle néerlandais

Mais la liberté d’expression est un fondement du modèle néerlandais, élaboré au cours des siècles par des communautés religieuses d’abord (luthériennes, catholiques, calvinistes), politiques ensuite (libéraux, socialistes) qui, à travers le respect absolu de l’opinion d’autrui, ont pu maintenir la cohabitation de groupes souvent antagonistes.

Depuis les années 1960, l’afflux massif d’immigrants en provenance des anciennes colonies néerlandaises (Indonésie, Antilles néerlandaises, Surinam) et de tous les coins du monde, ont donné lieu à une refonte de ce modèle en "société multiculturelle", très contestée aujourd’hui.

Dans ce modèle, il n’y a (théoriquement) pas de place pour l’antisémitisme ou toute forme de racisme ou de xénophobie. Mais les tensions entre les différentes communautés s’accroissent, débordant parfois en violences physiques.

La liberté d’expression y compris pour les extrêmes

"La liberté d’expression vaut-elle aussi pour les racistes?", se demandait déjà en 2009 le politologue néerlandais Meindert Fennema1. Il y dénonçait le climat de tensions communautaires et la tentative de certains d’étouffer le débat au nom des droits de l’homme ou de la liberté religieuse.

C’est la justice néerlandaise qui a répondu à la question le 23 juin 2011: elle acquittait en effet Geert Wilders de tous les chefs d’accusation - que ce soit la discrimination ou l’incitation à la haine. Wilders avait, selon la cour, exprimé son opinion sur une religion - l’islam, qu’il avait traité de "religion fasciste" - et non pas discriminé ou appelé à la haine contre un groupe de personnes.

Certains y on vu la fin de la tolérance néerlandaise, mais pour la plupart des médias du pays, c’était la liberté d’expression qui avait gagné ce jour-là.

C’est donc ce respect absolu de la liberté d’expression qui a prévalu dans les critiques émises par le Conseil d’Etat à l’encontre de la proposition de loi de Joël Voordewind. Et dans le refus du gouvernement de donner suite à une criminalisation de la négation de l’Holocauste.

Contraste étonnant avec la France

Cette position contraste violemment avec la position française, où le Parlement puis le Sénat ont voté une nouvelle loi contre la négation ou la minimisation du génocide arménien. Une loi qui empêche désormais journalistes et historiens d’enquêter sérieusement sur le sujet et de mettre au jour une vérité historique divergente - si modestement soit-il - de la "vérité légale".

Ce type d’intervention est très mal compris aux Pays-Bas. Les partisans d’une telle loi sont très peu nombreux, à gauche comme à droite. Geert Wilders, pourtant fervent partisan d’Israël et qui se prononçait dernièrement pour que le gouvernement néerlandais présente ses excuses aux Juifs pour son inaction lors des déportations de la deuxième guerre mondiale, suggère d’envoyer "les négateurs de l’Holocauste chez le psychiatre" plutôt que de légiférer en la matière…

Quatre génocides reconnus par l'ONU

La sanction pénale à l’encontre des propos négationnistes n’est pas le simple fait des États, mais bien une prescription communautaire. Dans sa décision cadre de 2008 sur "la lutte contre le racisme et la xénophobie", l’Union européenne signifie aux États que sont punissables en tant qu’infractions pénales "l'apologie, la négation ou la banalisation grossière publique des crimes de génocide, des crimes contre l'humanité ou des crimes de guerre tels que définis dans le Statut de la Cour pénale internationale".

Si la CPI ne les énonce pas, l’ONU reconnait quatre génocides:

  • La Shoa,
  • Le génocide arménien de 1915,
  • Le génocide rwandais,
  • Et celui des Musulmans de Srebrenica, en Bosnie-Herzégovine.

Le rapport de l'association Liberté pour l'Histoire, présidée par l'historien Pierre Nora, fait le point sur l'adoption de cette directive dans les différents pays européens. Il y a donc d’abord ceux qui s’y tiennent, totalement ou partiellement. La France vient de faire un pas de plus dans ce sens, après le vote du Sénat ce lundi, qui ouvre la voie à une loi pénalisant la négation du génocide arménien de 1915.

Il y a surtout l’Allemagne. Depuis 1994, quiconque "justifie, nie ou minimise" publiquement les crimes commis "sous le régime nazi" (art. 130.3 du Code pénal) sont passibles d’une peine maximale de 5 ans d’emprisonnement ou d’une amende. Les crimes commis en dehors de sa propre Histoire et des crimes jugés par le Tribunal de Nuremberg ne sont en revanche pas soumis à ce dispositif pénal.

L’Autriche, la Belgique ou la Roumanie punissent également de manière spécifique la négation de l’Holocauste, sans mention des autres génocides.

Plus volontaristes, l’Espagne, le Portugal, Malte, ou encore la Hongrie pénalisent le négationnisme de tout génocide ou crime contre l’humanité, sans exception.

Ceux qui rejettent la pénalisation du négationnisme

Cinq pays ont décidé de ne pas recourir au pénal. Le Royaume-Uni a botté en touche la décision-cadre de l’UE, arguant que son Public Order Act la couvrait d’ores et déjà. En réalité, ce texte, daté de 1986, se contente de réprimer tout acte d’incitation à la haine raciale, sans mention du négationnisme de génocide.

L’Irlande (Prohibition of Incitement to Hatred Act de 1989), les Pays-Bas (article 137, alinéas c, d et e, du Code pénal), le Danemark (article 266.b, CP) et la Suède (chapitre 16, section 8, CP) ont fait de même.

Ces quatre États sont fermement opposés à la décision-cadre de l’UE dont ils refusent les références à des événements historiques précis. Et ce pour une et même raison: la liberté d’expression.


[1] Geldt de Vrijheid van Meningsuiting ook voor Racisten? H.J. Schoo-lezing, Amsterdam, 2009.

14:12 Publié dans Société | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.myeurop.info

11/01/2012

Les banques italiennes jettent les petits commerçants désirant emprunter dans les filets de la mafia qui les transforme en esclaves.

11.01.2012 | 11:05

La mafia se déguise en banquier. Snobés par les établissements traditionnels, les petits commerçants italiens viennent doper le business mafieux. A leurs dépens.

"L’extorsion en col blanc". Ou quand la mafia devient le premier banquier des Italiens. C’est le cri d’alarme lancé par l’ONG italienne SOS Impresa, dans une étude diffusée hier et massivement reprise par la presse transalpine.

Le crime organisé a profité de la crise pour développer ses activités. Son nouveau fond de commerce ? Les prêts bancaires crapuleux. Ses victimes ? Les petits commerçants italiens, qui n’arrivent plus à convaincre les banques traditionnelles de leur accorder l’obole. Résultat, "avec 65 milliards d’euros de liquidité, la mafia est la première banque d’Italie", assène l’ONG.

Et le business est florissant: la mafia réalise 140 milliards d’euros de chiffre d’affaire annuel, pour 100 milliards de profit. Soit 7% du PIB…

Du beurre dans les épinards de la Camorra napolitaine et de la Cosa Nostra sicilienne, et un coup de mou pour l’économie italienne. "L’usure [prêts abusifs assortis de taux d'intérêt trop élevés, NDLR] a provoqué la fermeture d’environ dix-huit cents entreprises et provoqué la disparition de milliers d’emploi". Fleuristes, supérettes ou hôtels, les victimes de l’usure mafieuse seraient près de 200.000.


Repéré sur Il Tempo: In Italia la mafia è la prima banca