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13/06/2012

Le désordre généralisé est en route. La guerre s'annonce d'elle-même car le système devient incontrôlable. Les Russes ne sauront plus recourir à la diplomatie. On ne leur laisse plus le choix. Poutine doit appeler à la "mobilisation générale" en Russie.

La Russie, de la méditation au choix

13/06/2012

La Russie continue à détenir les cartes maîtresses en Syrie, mais l’on approche du point où ce jeu d’atout risque de n’être plus suffisant, voire de se retourner contre celui qui l’a en mains, parce que l’un des joueurs (le bloc BAO) n’a toujours pas l’intention, et de moins en moins l’intention, et d’ailleurs pas plus la possibilité dans l’état psychologique où il se trouve, de se conformer aux règles du jeu. D’une façon inéluctablement logique dans ce cas, la situation ne cesse de s’aggraver en Syrie, au point où l’on atteint l'étape où l’ONU peut déclarer que l’état de “guerre civile” caractérise désormais les évènements en cours (Russia Today, le 13 juin 2012)

C’est la situation que nous décrivions dans notre F&C du 4 juin 2012. (Le “cas hypothétique sérieux” envisagé comme référence étant la volonté de résistance d’Assad amenant un renforcement constant des pressions du bloc BAO de diverses façons, – l’une des dernières hypothèses en vogue étant un coup d’État contre Assad, – et conduisant effectivement à un état de “guerre civile” que nous semblons avoir atteint. )

«Dans ce cas hypothétique sérieux, les efforts des Russes pour tenter de stabiliser la situation sont non seulement voués à l’échec, mais ils vont finir par constituer un handicap de plus en plus grand pour la Russie. Certes, la Russie bénéficie de la position reconnue par tous de “maîtresse du jeu”, ce qui est diplomatiquement avantageux, mais c’est aussi une position qui est peu ou prou d’emprisonnement d’une politique littéralement pathologique du bloc BAO qui exige de la Russie d’être à la fois “maîtresse du jeu” et complètement exécutante du “jeu” du bloc BAO. Des deux aspects de la politique actuelle de la Russie en Syrie, on a vu et l’on comprend que c’est le second aspect qui prend de plus en plus d’importance. La “position avantageuse” risque donc de se transformer en une position extrêmement dommageable pour la Russie…»

Si la Russie poursuit ses efforts diplomatiques, ceux-ci sont de plus en plus marqués par un engagement anti BAO (proposition d’une conférence internationale sur la Syrie à laquelle doit participer l’Iran, cela avec l’appui de Kofi Annan et contre le bloc BAO d’une façon générale et robotisée, éventuelles livraisons d’armements utilisables dans la “guerre civile” aux cris d’horreur de Hillary et des USA dont on connaît la neutralité en la matière). Il s’agit d’une évolution montrant que les Russes envisageraient éventuellement de freiner leur engagement en faveur d’une stabilisation impossible, qui deviendrait un piège. Il y aussi eu la nouvelle selon laquelle ils auraient rejeté sèchement la proposition d’Obama de déployer plusieurs milliers d’hommes en Syrie comme “force d’interposition”, avec comme mission discrète essentielle de surveiller les armes chimiques syriennes.

Désormais, une autre situation se fait jour, qui implique la transformation de la crise en une “guerre civile totale”, avec l’extension du conflit hors des frontières syriennes et avec la possibilité d’une intervention du bloc BAO, directe ou indirecte, comme on l'a vu hier (voir le 12 juin 2012). Cette dernière possibilité (pourtant écartée officiellement pour l’instant par le département d’État), dans le contexte de l’aggravation du désordre vers la “guerre civile totale” qui semble prendre tout le monde de vitesse, devrait chaque jour perdre de son crédit comme élément décisif, et de plus en plus apparaître comme un facteur de désordre de plus impliquant encore plus le bloc BAO.

Quoi qu’il en soit, l’implication du bloc BAO est un fait, et un fait également l’extension en cours de la crise syrienne hors des frontières du pays. C’est un autre facteur que les Russes doivent considérer, et qu’ils doivent considérer comme contribuant à les faire envisager une stratégie différente qui est celle envisagée dans le F&C du 4 juin 2012 déjà cité.

La situation évolue en effet assez vite pour que les Russes se trouvent devant une très sérieuse possibilité d’une situation hors de tout contrôle, face à un bloc BAO dont ils mesurent chaque jour davantage l’absence totale de rationalité dans leur approche de la crise. (Comme nous l’avons largement noté, les seuls experts qui gardent leur raison à Washington, notamment Brzezinski et Kissinger, ne cessent de confirmer cet état des choses. Le vieux Kissinger en est à visiter Pékin, où il ne manque pas d’informer les Chinois de la triste situation de la politique étrangère de son pays.)

D’un autre côté fort bien identifié, les Russes ont reçu des échos de la conférence du Bilderberg de la fin du mois dernier, à Chantilly, en Virginie. Ces échos concernent l’attention qui a été notamment portée à la situation en Russie et, dans ce cadre, à la possibilité d’actions de déstabilisation de ce pays conformément aux méthodes désormais classique d’“agression douce”, dont l’ambassadeur US à Moscou McFault est l’un des grands organisateurs. La présence de trois personnalités russes de l’opposition à la conférence, la connaissance que l’on a de leurs liens directs et constants avec McFault, conduisent à faire penser que l’idée générale d’une attaque du type “agression douce” est plus que jamais dans les projets du bloc BAO, dans les parties de l’administration et de la bureaucratie US engagées dans ce sens. Sur Strategic Culture.org (le 10 juin 2012), Wayne Madsen, journaliste en général bien informé et qui suit le Bilderberg pour ses retombées politiques plus que pour ses aspects structurels et opérationnels fondamentaux, consacre une part importante de son rapport sur la conférence à cette présence…

«This year’s Bilderberg conference featured three guests from Russia. However, unlike the “establishment” figures from Western nations, including the United States, Britain, Germany, France, and Canada, two of the three Russians represented the anti-Valdimir Putin opposition. Present at Bilderberg 2012 were Anatoly Chubais and Garry Kasparov, leading anti-Putin Russian politicians.

»Chubais is reviled among a majority of Russians for shepherding the wholesale privatization of Soviet and Russian Federation state enterprises under the administration of President Boris Yeltsin and Prime Minister Viktor Chernomyrdin. The chief benefactors of the privatization were a handful of Russian entrepreneurs who soon became billionaire oligarchs. Many of these oligarchs soon found themselves in prison in Russia or in exile in Britain and Israel to avoid prosecution in Russia. Today, Chubais is the head of Rusnano, a leading Russian nanotechnology firm.

»At the Chantilly conclave, Chubais rubbed shoulders with the robber barons of Wall Street, including former Goldman Sachs and Citigroup senior executive and Bill Clinton Treasury Secretary Robert E. Rubin, Goldman Sachs International Chairman Peter Sutherland, Kohlberg Kravis Roberts & Company co-chairman Henry Kravis and former Obama Office of Management and Budget director and current Citigroup vice chairman Peter Orszag.

»Chubais has also held meetings with the U.S. ambassador to Russia Michael McFaul. McFaul has, like a number of new breed activist U.S. ambassadors, grossly interfered in the domestic affairs of the country to which he is posted. After one recent meeting with Chubais, McFaul publicly complained that Russian Russian NTV journalists were waiting for him as he departed the from the meeting. Displaying all the signs of a paranoid conspiracy theorist, McFaul bellyached that his email and phone calls were being eavesdropped upon by the Russian press thus giving the media a heads up as to his daily itinerary.

»Kasparov, the leader of the United Civil Front of Russia, and his colleague Boris Nemtsov are leading members of the Russian opposition to Putin. McFaul has openly championed the opposition cause. Moreover, Nemtsov is an old political ally of Chubais. Chubais, Kasparov, and Nemtsov represent the “neo-liberal” political ideology that is supported by the likes of international stock and currency speculator and multi-billionaire George Soros. Neo-liberals, if they were to come to power in Russia, would transform Russia into a nation totally dependent on the dictates and whims of the financial elites of New York, London, and Frankfurt. It is apparent that given the representation of bankrupted European nations at Bilderberg 2012, Chubais and Kasparov would relish a Russia forced to impose strict austerity measures on its citizens on the orders of the global banking elites, turning Russia into another Greece, Spain, and Ireland.»

Tout cela se place à l’heure d’une manifestation de l’opposition en Russie, hier, dont le Guardian rend compte ce 13 juin 2012, d’une façon évidemment élogieuse en dissimulant mal sa jubilation libérale et démocratique, et en plaçant son article, – “acte manqué” ou pas, mais révélateur sans aucun doute, – dans la même rubrique que les évènements de Syrie. Cette manifestation rappelle à tous, et à Poutine en premier, que la continuité de l’“agression douce” n’est pas une construction de l’esprit. Ainsi le rapprochement que fait le Guardian dans sa mise en page est évidemment dans l’esprit des dirigeants russes : l’“agression douce” contre la Russie est, d’ailleurs selon la logique de la “”, dans la même séquence d’évènements que la “guerre civile totale” en Syrie, et relève de la même volonté d’entropisation du monde dispensée par le dynamique du Système, dont le bloc BAO est le relais. Il serait totalement irresponsable de n’y pas voir une poussée fondamentale, dissolvante, dans une dynamique de surpuissance et d’autodestruction qui semble parvenir au stade ultime de son accomplissement.

…C’est un facteur déterminant pour le jugement russe des évènements en Syrie. La bataille pour la déstabilisation semble, non pas perdue, mais d’une façon différente, tout simplement dépassée, irrelevent comme disent les Anglo-Saxons. Le facteur le plus stupéfiant dans ces constats, c’est la vitesse des évènements, l’accélération du temps historique, ou désormais métahistorique, qui fait des crises en cours des brandons enflammés répandant partout, et également dans les psychologies, le feu de la déstabilisation. En ce sens, le temps de la méditation, pour les Russes et Poutine, est sur le point d’être dépassé, et annonçant le temps du choix… D’ailleurs, il n’y a pas de choix.

Désormais, les Russes sont conduits à abandonner de plus en plus leur rôle sans espoir de “stabilisateurs” de la crise syrienne et d’envisager d’y participer en cherchant la façon la plus habile et la moins risquée pour eux. De ce point de vue, l’intérêt des Russes devient de laisser faire, sinon de favoriser l’extension de la crise syrienne hors de la Syrie, au reste de la région, pour impliquer principalement le bloc BAO dans le désordre, – ce qui serait le cas, lorsque les incendiaires type Qatar et Arabie seraient eux-mêmes touchés (les dirigeants saoudiens vivent dans cette hantise). C’est une façon d’affaiblir le Système, ou plutôt d’accélérer son processus d’autodestruction, qui permet également d’affaiblir ou de contrecarrer ses tentatives d’“agression douce” en Russie même.

Mais il y a tout de même un choix, qui est le choix suprême, pour Poutine, s’il a bien pris la mesure de la réalité générale de cette situation de dissolution en marche et d’autodestruction du Système. Ce choix, c’est celui de rendre public ce constat. Il s’agit alors d’un appel à la mobilisation générale de la population russe, fondé sur le patriotisme et la résistance structurelle, – résistance des structures, fondée sur les principes qui les soutiennent, – face à la subversion du Système. Nous avons cette idée depuis un certain temps pour la Russie (voir le 8 décembre 2011), et nous nous y tenons. C’est la seule voie assurée de résistance efficace à l’“agression douce” qui est déjà en cours, et même la voie d’une participation active au processus d’autodestruction du Système.

 

Mis en ligne le 13 juin 2012 à 10H54

12/06/2012

Chronique économique et financière hebdomadaire de Pierre Jovanovic. Lancement d'un nouveau Swift par la Chine. Nouvelle tentative de liquider froidement Chavez.

LA CIA EN ACTION... SUR CHAVEZ
du 11 au 15 juin 2012 : La CIA a pour ordre de dégager Hugo Chavez de son poste. Eh bien, le PDG de la Banque Mondiale, Robert Zoellick a carrément annoncé que "les jours du gouvernement Chavez sont comptés et que sans son soutien, les gouvernements de Cuba et du Nicaragua auraient du mal à se maintenir". Et qu'est-ce qui lui permet d'être aussi sûr, hormis une note de la CIA sur son bureau??? lui demandant de se préparer à intervenir? La CIA n'en est plus à son coup d'essai. Au 248e elle va finir par y arriver. Lire ici. Revue de Presse par Pierre Jovanovic © www.jovanovic.com 2008-2012
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L'IRAN IMPORTE DE L'OR EN MASSE
du 11 au 15 juin 2012 :

L'Iran a fait savoir qu'il a importe de Turquie pour 1,2 milliard de dollars d'or en avril... ZH nous dit aussi que "huge demand in China came yesterday with data showing that Hong Kong shipped 101.768 kilograms of gold to mainland China in April, up 62% on the month... - marking the second-highest monthly exports ever. While demand from India continues it has fallen from the record levels recently but demand from other Asian countries is robust with reports of demand in Thailand, Vietnam, Malaysia and Indonesia". Ceci vous montre au passage que le cours de l'or est faussé. Remerciez Blythe grâce à qui vous pouvez encore acheter à des prix raisonnables... On peut la voir sous un bon côté finalement. Revue de Presse par Pierre Jovanovic © www.jovanovic.com 2008-2012
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LA CHINE VA LANCER SON PROPRE SWIFT...
du 11 au 15 juin 2012 : Vous vous souvenez: Swift a exclu de son système informatique bancaire l'Iran, et ceci à la demande des Américains et de l'UE, manipulée par les US. Résultat, ne voulant pas se retrouver dans la même situation, la Chine a décidé de lancer son propre système, merci à notre lecteur Mr Bastide: "La Chine prévoit de lancer son propre système swift en juillet 2012 comme vous pouvez le voir ici sur Canada News Libre. Il semble bien que tout ce que les Américains essayent de faire à l'Iran se retourne contre eux car: 1) le blocus financier aura duré peu de temps (si cette info est exacte); 2) ils se retrouvent avec un concurrent qui de plus ne les laissera pas accéder aux informations comme c'est le cas actuellement pour l'UE car nos dirigeants nous ont vendu aux USA". Eh bien, voilà une bonne nouvelle, se libérer du diktat télécom-bancaire des US. Revue de Presse par Pierre Jovanovic © www.jovanovic.com 2008-2012
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La diplomatie stratégique des USA n'a toujours pas rangé ses sabots dans la remise de Camp David. Ainsi, l'éléphant de Washington, sous les traits de Panetta, a une nouvelle fois renversé et brisé quelques porcelaines en Inde. Pour rien... ridiculisé.

Notes sur le sommet de l’OCS, de Pékin à Delhi

11/06/2012

dedefensa.org

Nos “cousins d’Amérique” ont le sens du timing, en général en rangers de forces spéciales plutôt qu’avec leurs gros sabots, pour situer l’esprit. Pour le tintamarre, c’est au moins la même chose.

Ainsi n’est-ce pas un hasard si la visite de Leon Panetta, le secrétaire à la défense US, à La Nouvelle Delhi, les 5-7 juin, a bruyamment coïncidé, 1) avec le sommet Hu-Poutine à Pékin, les 5-6 juin, et 2) avec le sommet de l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS, ou SCO), les 7-8 juin à Pékin.

Dans tous les cas, ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd, dans le chef de notre ami M K Bhadrakumar, le diplomate indien devenu chroniqueur. Il consacre un article à la visite de Panetta, le 7 juin 2012 dans Russia & India Report. Ce pourrait aussi bien être un article sur le sommet de l’OCS à Pékin.

Washington fait du shopping

M K Bhadrakumar n’aime pas les USA et leur politique. Il a une vision résolument multipolaire du monde, il croit au poids stratégique de son pays, à la persistance des liens fermes et résolus entre l’Inde et la Russie, à l’amélioration des liens stratégiques entre l’Inde et la Chine. Il abhorre l’“industry of regime change”, comme les spécialistes des relations publiques idéologisées de Washington nomme cette bouillie pour les chats semeuse de désordre qui va de la fomentation des “révolutions de couleur” aux assauts aveugles contre la Libye et la Syrie.

D’habitude, quand quelque chose se passe entre Washington et Delhi, M K Bhadrakumar fulmine parce qu’il voit la direction politique indienne s’incliner devant les pressions US. Cette fois, avec la visite de Panetta, il contient difficilement son exultation, au travers d’une ironie permanente aux dépens de la partie US, tout au long de son texte. M K Bhadrakumar est content du travail de la direction indienne.

Des questions de sécurité

Mais d’abord, que s’est-il passé à Pékin ? On a resserré les rangs et ouvert les perspectives de l’OCS, en parlant notablement des questions de sécurité même si l’on nie en parler beaucoup.

• L’OCS s’est regroupé dans des dispositions politiques et de sécurité qui vont dans une ligne connue, antiaméricaniste et, par conséquent, antiSystème : préoccupation du développement du système antimissile US ; opposition à toute idée d’intervention militaire étrangère en Syrie; condamnation de toute tentative d’attaque de l’Iran.

• Un statut d’observateur a été donné à l’Afghanistan, et un statut de “partenaire de dialogue” a été donné à la Turquie. Ces statuts sont plus que des formules de décorum sans conséquence. Ils constituent éventuellement les pas préliminaires vers une participation complète, et le statut d’observateur (qui est d’ores et déjà accordé notamment à l’Inde, au Pakistan et à l’Iran) implique des interventions (discours) des représentants des pays observateurs au Sommet annuel. Les textes du sommet ne manquent pas de préciser que la Turquie est membre de l’OTAN, et le premier membre de l’OTAN à avoir des liens formels avec l’OCS. D’autre part, l’Afghanistan et la Turquie dans le cadre de l’OCS, cela signifie un élargissement de l’organisation vers le Sud-Ouest, vers le Moyen-Orient, aux périphéries instables du Système (bloc BAO) et en établissant un lien avec l’Iran, qui n’apparaît plus comme un partenaire de dehors, hors de l’orbite naturel de l’OCS.

La “forteresse de sécurité”

Le président chinois Hu a affirmé que l’OCS était devenue «une forteresse de sécurité régionale et et de stabilité, et une force de développement économique régional». Le mot “forteresse” va bien avec “sécurité”, et, sans doute, cette convergence illustre bien ce qui pourrait être la principale décision du Sommet de Pékin. Il s’agit d’une décision donnant plus de souplesse et de disponibilité à l’OCS en prévoyant des réunions d’urgence selon les situations de l’un ou l’autre de ses membres, autant que selon la situation générale. Il s’agit d’une adaptation à la structure crisique des relations internationales, montrant que l’OCS est conduit par les circonstances à chercher à mieux s’adapter aux grands évènements déstabilisateurs du monde.

…Pour autant, l’OCS, dans tous les cas ses principaux membres, prennent garde à ne pas laisser penser que cette organisation devient pour autant une alliance politico-militaire. On sens là la réticence, surtout chinoise, à trop s’engager dans un processus pouvant entacher en quoi que ce soit la souveraineté nationale. D’où la déclaration de l’ambassadeur permanent de Russie à l’OCS, le 9 juin 2012 (Tass) : «The Shanghai Cooperation Organization (SCO) has no plans to become a military-political alliance.»

Pour autant, l’on détaille les circonstances et les dispositions des nouvelles décisions de fonctionnement qui ont été prises…

«The envoy marked that at the SCO summit in Beijing corrections were made in the provision on political-diplomatic measures of reaction in connection with the changing situation in the world. Focusing on possible kinds of reaction he mentioned, in particular, the convocation of special sessions, the dispatch of missions to look into the reason behind the developments, humanitarian and economic aid to the injured state, evacuation of people. So, a new version of the provision was drawn up “so that these measures could be used within a very short period of time,” the diplomat explained. “But these measures can be applied only with the consent of the injured state,” Barsky summed up…»

Critiques iraniennes

Parmi les amis, tout le monde n’est pourtant pas satisfait du rythme d’évolution de l’OCS. Il se pourrait bien que ce soit le cas de l’Iran, si l’on considère, comme nous nous y risquons, que la longue analyse de l’expert iranien Hassan Beheshtipour (sur PressTV.com, le 9 juin 2012) représente une appréciation correspondante effectivement au sentiment iranien. La critique porte sur le fait que l’OCS ne va pas assez vite, ne s’affirme pas dans une “identité forte”, en tant que telle (sous-entendu, comme contrepoids de l’OTAN).

Cette critique n’est pas vraiment justifiée, ne serait-ce que parce que l’exemple a contrario donné n’est pas convaincant. L’OTAN n’a pas d’identité propre, c’est un instrument des USA, forgée durant plus de soixante années d’influence, de corruption, de pénétration, etc. L’OTAN manque de souplesse, n’a aucune capacité d’adaptation, n’est capable d’aucune initiative. Ce qui est en jeu, en réalité, c’est la domination des USA sur les autres, de la part d’une puissance qui est maîtresse dans l’influence et dans la corruption. Rien de semblable dans l’OCS, où les plus puissants sont de statut égaux, où les souverainetés sont respectées… Ce dont a besoin l’OCS, c’est effectivement d’une plus grande capacité de réaction, et d’affirmation hors de l’axes Est-Ouest/Chine-Russie, trop régional. Les mesures décidées ci-dessus vont dans ce sens.

Adhésion iranienne

Mais l’on comprend la logique de l’analyse de Hassan Beheshtipour. Il s’agit d’abord de plaider pour une dynamique qui impliquerait nécessairement l’acceptation d’une adhésion complète de l’Iran dans l’OCS. C’est évidemment ce que Hassan Beheshtipour nomme “une nouvelle identité” de l’OCS, – ce qui est d’ailleurs expressément écrit dans les dernières lignes de conclusion… «It seems though that the SCO can assume a new identity by agreeing to the membership of countries like India, Iran, Pakistan, Afghanistan and Mongolia.»

Voici la conclusion de Hassan Beheshtipour : «Iran expressed readiness to become a member state of the SCO a few years ago but the organization is yet to agree to the request… […] …Iran's membership in the SCO has opponents and proponents within the organization as well. For instance, Russia announced in its latest reaction that Iran cannot join the SCO as long as its nuclear issue has not been resolved. In other words, resolutions against Iran bar its membership. It seems, however, that such policy is only an excuse since there is no article in the resolutions that would bar Iran's membership in the SCO.

»Furthermore, both China and Uzbekistan had earlier opposed Iran's membership in the SCO, a fact which indicates that there are two views with respect to the issue. The first view belongs to those countries that support Iran's membership like Tajikistan, Kyrgyzstan and Kazakhstan and, on the other side, there are those like Uzbekistan, Russia and China that under different pretexts oppose Iran's membership. It seems though that the SCO can assume a new identity by agreeing to the membership of countries like India, Iran, Pakistan, Afghanistan and Mongolia.»

Les exigeantes “propositions” US

Ainsi revenons-nous au cas indien, tel que le présente M K Bhadrakumar à la lumière de la visite du secrétaire à la défense US. Panetta est venu présenter aux Indiens le grand projet de l’administration Obama, qui est de modifier fondamentalement la stratégie des USA, de l’Atlantique vers le Pacifique.

«America is at a turning point. After a decade of war, we are developing a new defense strategy – a central feature of which is a ‘rebalancing’ toward the Asia-Pacific region. In particular, we will expand our military partnerships and our presence in the arc of extending from the Western Pacific and East Asia into the Indian Ocean region and South Asia.»

M K Bhadrakumar note que Panetta n’a pas pris de gants. Peu lui importe que l’Inde soit une “puissance émergente” qui a sa propre vision du monde, qu’elle entend aménager ses rapports avec ses voisins, etc. ; tout doit s’effacer devant la grande vision stratégique des USA, qui n’est après tout, pour l’Inde elle-même, qu’une resucée de ce qui fut dit, de façon assez grotesque, en 2005 : l’Inde sera une grande puissance, sous la supervision des USA, et entièrement tournée contre le danger chinois, à l’image de la nouvelle stratégie US.

La réaction directe, du point de vue stratégique, des Indiens, notamment par le biais du ministère de la défense, a été assez réservée pour parler d'une façon diplomatique, c'est-à-ditre clairement hostile. Les Chinois n’ont pas manqué de le noter, ce qui conduit à citer l’agence Xinhua, le 7 juin 2012

«L'Inde a appelé les Etats-Unis à “réajuster” leur nouvelle stratégie dans la région Asie-Pacifique… […] [Lors de discussions avec Leon Panetta, le ministre de la défense indien A.K. Antony] “a mis l'accent sur la nécessité qu'il y a de renforcer l'architecture multilatérale en matière de sécurité dans la région Asie-Pacifique et d'avancer à un rythme qui soit confortable pour tous les pays concernés”. […],

»La raison pour laquelle New Delhi s'inquiète de la nouvelle stratégie de défense américaine axée sur l'Asie-Pacifique est qu'elle “pourrait conduire à une militarisation accrue de son voisinage”, peut-on lire par ailleurs dans le journal indien The Tribune.»

Le choix de l’Inde

Dans son analyse, M K Bhadrakumar Met tout son soin à mettre en parallèle chaque initiative ou offre de Washington avec des évènements assez similaires, entre l’Inde et la Chine, ce qui présente ainsi une curieuse situation de parallélisme. Les Indiens accueillent avec intérêt certaines propositions US, tout en concluant qu’ils laisseront voir venir car c’est ainsi qu’il faut traiter les promesses US (surtout lorsqu’elles portent sur la question des transferts de technologies, qui en sont restées au stade théorique alors que les Indiens attendaient des choses concrètes). D’autre part, ils se réjouissent fortement de certaines initiatives et perspectives sino-indiennes.

«Significantly, New Delhi also received a tantalizing overture from China on Wednesday [6 June]. According to the Indian briefings, the Chinese vice-premier Le Keqiang pledged to the visiting Indian external affairs minister S. M. Krishna in Beijing to “work together with India to maintain strategic communication, improve political mutual trust, and appropriately address disputes and safeguard the peace and tranquility in border areas to advance the bilateral relationship to a new phase.” In response, Krishna vowed that the Sino-Indian relationship is one of the most important bilateral relationships in the world. These are indeed big statements – coming from Li, who is widely regarded as the likely nominee to replace Wen Jiabao, and from Krishna who would have known that Panetta met with the Indian prime minister Manmohan Singh just the previous day.

 

»India faces a choice: be a cog in the wheel of the US’ Asia-Pacific strategy or be a wheel by itself with a dynamics of its own. The choice is going to be rather easy for the Indian policymakers to make. […] It might seem a battle for India’s soul has begun, but actually that isn’t the case. The Indian policymakers do not need America’s South Asia hands to educate them in Sinology. On the contrary, they have a mind of their own and are clear about India’s priorities. They are also skilled enough in international diplomacy to leverage advantages for India in a fluid international situation… […]

»Clearly, Washington chose an awkward moment to announce its “rebalancing” to Asia. India is going to be cautious about the US enterprise to rally the Asian nations and with the hope of arresting the decline in its influence and to counter the cascading influence of China. India will be chary of identifying with such a plank with overt or covert “anti-China” orientation. Apart from the centrality that India traditionally attaches to strategic autonomy in the core areas of its foreign and security policies, one compelling factor in the near term is going to be the imperatives of India’s economic development. India cannot and will not offend China at a juncture when China could help it with its economic development.»

De Delhi à Pékin…

Ainsi vient la conclusion de M K Bhadrakumar qui, par le changement de décor et de circonstances qu’elle nous propose, dit tout de son sens. Pendant que les délégués de l’américanisme triomphant poursuivaient leur conquête de l’Inde acquise d’avance, l’essentiel se passait, pour l’Inde, à Pékin, au Sommet de l’OCS…

«…In geopolitical terms, what stands out in the final reckoning as Panetta left Delhi today is the alacrity with which India has transferred the “synergy” from this latest US-India discourse to Krishna who attended the Shanghai Cooperation Organization’s [SCO] summit in Beijing.

 

»Addressing the SCO summit meeting on Thursday, Krishna said, “The most important security challenge we face today relates to Afghanistan, which lies in the heart of Asia and is a bridge, connecting not just Central and South Asia but also Eurasia and the Middle East. The SCO provides a promising alternative regional platform to discuss the rapidly changing Afghan situation.” Things have never been spelt out so directly and with such clarity by India in regard of the SCO’s role in Afghanistan. And it comes at a juncture when the SCO’s new motto is that the initiative for finding solution to the problems of the region should invariably lie with the countries of the region.»

Involontairement, les USA haussent le débat

Peut-être l’affaire Panetta-Inde est-elle une réponse aux préoccupations de l’Iran, indirectement si l’on veut. Le refus indien du fondement des propositions US qui sont d’intégrer l’Inde dans la nouvelle stratégie américaniste en Asie, tend, par effet contraire naturel, à rapprocher décisivement l’Inde de la Chine. Si l’on se place en effet de ce point de vue de la grande stratégie que l’initiative US met évidemment à l’ordre du jour, l’entente entre l’Inde et la Chine dans ce contexte, dans la forme des relations, peut se faire beaucoup plus aisément. A côté de leurs éventuels différends régionaux, leur position régionale proche autant que la façon dont ils envisagent les relations de puissance à puissance, les poussent naturellement à l’arrangement commun lorsqu'il s'agit de grande stratégie.

Si l’on se place alors dans le cadre plus large de l’OCS, on peut considérer que l’évolution décrite ci-dessus conduit à réduire, sinon à supprimer à terme assez court le principal obstacle à l’adhésion complète de l’Inde à l’OCS. Jusqu’ici, parmi les deux grandes puissances de l’OCS, la Russie s’est montrée très favorable à l’adhésion complète que sollicite l’Inde, tandis que la Chine se montrait plutôt réticente ; à cet égard, les Russes avaient une vision stratégique plus large, au niveau de celle des USA avec leur nouvelle initiative, tandis que la Chine en restait à une appréciation plus régionale. Les derniers développements de Delhi, avec la visite en très sérieuse demi-teinte de Panetta, doivent changer la perception de la Chine, à la fois vis-à-vis de l’Inde comme on l’a vu, à la fois vis-à-vis de la forme et du statut de l’OCS (et, à ce moment, vis-à-vis de l’adhésion de l’Inde).

Le truc de l’éléphant au milieu de la porcelaine

On peut dire, de ce point de vue, que la coordination du voyage de Panetta à Delhi et du Sommet de l’OCS à Pékin a eu un effet contre-productif. Cela n’a rien pour surprendre lorsque les USA prennent ce genre d’initiative. Ils abordent le problème considéré en le haussant au niveau le plus haut, là où se trouvent leurs prétentions stratégiques habituelles. L’on découvre aussitôt que ces prétentions impliquent nécessairement l’abaissement, l’alignement et la subjugation des puissances dont ils veulent faire leurs “partenaires”, – et ce fut le cas pour l’Inde. Dans cette sorte d’occurrence, les USA ont un art de la manœuvre qui fait penser à l’éléphant au milieu de la porcelaine.

Sans aborder directement le problème, le Sommet de l’OCS ne pouvait pas ne pas être touché par cette atmosphère traînée avec eux par les USA. Au contraire de contrecarrer le Sommet de l’OCS, l’intervention US en Inde a éclairé la nécessité que l’OCS s’oriente vers une dimension de grande stratégie, vers un statut d’alliance plus affirmée. Cela ne fut pas dit complètement en ces termes bien que certaines initiatives y font penser, mais l’on y pensera de plus en plus, et vite.

Un axe naturel pour une orientation stratégique

Dans ce cas, l’OCS doit évoluer pour trouver son axe naturel d’orientation stratégique. La proximité plus grande avec l’Inde, chose qui va s’imposer naturellement, commence à faire pivoter cet axe. Ce mouvement est évidemment dans le sens de ce que l’Iran réclame.

De même, les pressions US sur l’Iran, par l’intermédiaire de la crise syrienne, la décision russe, autant que chinoise, que l’Iran est un acteur essentiel de la résolution de la crise syrienne, tendent à faire sortir l’Iran du ghetto de la question nucléaire où se pays se trouve depuis plusieurs années… Avec la crise syrienne et l’“équipe” de facto formée entre l’Iran et la Russie (avec la Chine en arrière-plan), mais aussi avec le changement de position de la Turquie sur la question syrienne et le rapprochement turc de l’Iran, c’est tout le dossier de l’adhésion complète de l’Iran à l’OCS qui devrait être perçu comme étant sur la voie de changements importants.

Les évènements imposent leurs priorités. Ils poussent, non pas à une “identité” de l’OCS comme le réclame Hassan Beheshtipour, mais plus simplement à une nouvelle géométrie, une géométrie de crise avec une extension nécessaire vers le sous-continent asiatique et le Moyen-Orient. Il tend également à susciter des regroupements de crise, à regrouper les pays qui se trouvent plus ou moins bousculés ou mal à l’aise avec les prétentions des USA et du bloc BAO.

Rythme d’expansion et temps crisique

Mais la véritable question touchant à l’avenir de l’OCS, du rassemblement qui tend à s’étendre autour de lui, de sa géométrie qui tend à se modifier, concerne plutôt la chronologie, disons le temps crisique lui-même. Il s’agit du constat que les crises multiples qui forment aujourd’hui la substance même des relations internationales, ne cessent d’accélérer le temps historiques, jusqu’à lui faire prendre des dimensions métahistoriques.

L’interrogation se résume alors à un constat fort simple, que les évènements chaque jour poussent à considérer de façon de plus en plus appuyée : la vitesse des évènements, l’extension et la tension des crises, risquent de prendre de vitesse le rythme d’expansion de l’OCS. Cela ne signifie pas le contrecarrer, le briser, etc., mais confronter ce rythme à des conditions générales en accélération radicale. Par ailleurs, cela n’est pas propre à l’OCS, bien entendu, puisqu’il s’agit d’une règle générale de la situation du monde, à laquelle très logiquement tout le monde est confronté.