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08/05/2012

Traçabilité des dettes de l'Etat remontant à Saint-Louis. Les finances de la France sont dans le rouge depuis lors.

Comment les rois de France réglaient leurs dettes


Depuis Saint Louis, les finances de la France ont l’habitude d’être dans le rouge… Et pour rétablir l’équilibre des comptes, chaque roi a sa recette miracle. Emprunt, impôts, spoliation, faillite, tout est bon pour remplir les caisses. Instructif, mais pas forcément transposable !

Le changeur et sa femme, par Quentin Metsys (né à Louvain en 1466- mort à Anvers le 14 septembre 1530)

Aux premiers temps, pas d’impôts ni de taxes

Aux premiers temps de la monarchie capétienne, le roi est seulement le premier des nobles. Comme les autres barons du royaume, il vit des droits seigneuriaux et des produits qu’il tire de ses domaines personnels.

Son autorité découle de l’ordre féodal. Pour la guerre, il convoque le ban et l’arrière-ban : ses vassaux se mettent à sa disposition pendant quarante jours avec leurs pages et leurs chevaliers.

Le roi n’a donc que des ressources et des besoins modestes. Pas d’impôts ni de taxes, si ce n’est des contributions exceptionnelles que l’on réclame aux bourgeois ou à l’Église en faisant valoir l’urgence du moment et l’intérêt général.

Des guerres dispendieuses

Dans la famille des rois dispendieux, je demande Louis IX, notre brave Saint Louis. Le Trésor part en quenouille avec lui au XIIIe siècle.

La raison ? Principalement les ruineuses croisades qu’il engage en Terre Sainte par deux fois mais aussi les précieuses reliques de la Passion qu’il collectionne pour laSainte Chapelle, dont la couronne du Christ achetée 40.000 livres, soit l’équivalent du coût de construction de la Sainte Chapelle elle-même !

Sa première croisade, en 1248, va engloutir pas moins d’un million et demi de livres alors que les seuls revenus du royaume s’élèvent annuellement à 250.000 livres. Car la guerre coûte cher et reste la principale cause des déficits pendant le Moyen Âge, qui voit seigneurs, princes et souverains se ruiner en permanence pour défendre ou conquérir des terres.

Fort logiquement, le premier impôt permanent est établi à l’issue de la plus importante de ces guerres, la guerre de Cent ans. Le roi Charles VII convoque les états généraux, une assemblée de tous les corps constitués du royaume, et obtient le droit de prélever tous les ans une aide pour la «taille des lances» (autrement dit l'achat et l'entretien des armes de guerre).

La boulimie fiscale ne va désormais plus avoir de limite, en lien avec la croissance de l’État et de ses attributions.

Haro sur la dette

Leurs dépenses croissant souvent plus vite que les recettes, les rois remédient au déficit de différentes manières.

- Solution 1 : augmenter les impôts

La première solution, la plus pratique et la plus efficace, consiste à augmenter les impôts. C’est ce que fait Saint Louis en taxant ses sujets, exigeant des villes une contribution exceptionnelle, tout en levant la fameuse décime (10% de prélèvement) sur les confortables revenus du clergé – après tout, ils sont les premiers concernés par les croisades et la protection du tombeau du Christ.

- Solution 2 : dévaluer la monnaie

Deuxième solution, tout aussi efficace mais pas très populaire : récupérer le métal précieux de la monnaie en circulation en «grattant» les pièces puis en refondant le gain. Une astuce largement utilisée par le petit-fils de Saint Louis, Philippe IV le Bel, prince des faux-monnayeurs.

Cette forme primitive de dévaluation sera régulièrement reprise par la suite, sous des formes moins grossières.

- Solution 3 : rançonner les banquiers

Troisième méthode radicale utilisée par le même Philippe le Bel, la spoliation des usuriers, juifs ou lombards, ou la taxation extraordinaire de leur présence sur le sol du royaume pour continuer à exercer leur commerce. Vous payez, sinon vous partez : il fallait y penser.

Le roi, décidément jamais à cours d’idée pour remplir ses caisses, décide également de mettre la main sur les biens des riches et puissants Templiers, en provoquant la chute de cet ordre monastique en 1307 avec l’assentiment passif du pape Clément V.

À force de prêter aux princes, l’ordre des Templiers était devenu un véritable État dans l’État, et surtout une puissance militaire et financière redoutable face à une couronne sans cesse débitrice. La manœuvre de Philippe Le Bel permet de renflouer les caisses du Trésor, d’alléger les dettes et d’éliminer une institution menaçante.

Cette technique de spoliation est assez courante chez les rois de France : elle offre l’avantage de désigner facilement un coupable en cas de tension politique, tout en récupérant un beau magot au passage.

Le jeune Louis XIV, déjà pourvu du trésor considérable amassé illégalement par son parrain, le cardinal Mazarin, n’agit pas autrement en poursuivant son intendantFouquet et en raflant au passage ses biens et ses richesses lors d’un procès à charge, au moment même où les besoins du royaume ne cessent de grimper.

Nouveaux temps, nouvelle monnaie

Il arrive aux rois eux-mêmes d’être rançonnés. Ce fut le cas de Saint Louis (encore lui), capturé à la Mansourah, en Égypte, par les Mamelouks, et de Jean le Bon, capturé à Poitiers et séquestré à Londres par son cousin ennemi, le roi d’Angleterre.

Le franc à cheval de Jean II le Bon (1360)À peine libéré, Jean le Bon crée une nouvelle monnaie, le franc, pour stimuler le paiement de sa rançon. Mais celle-ci ne va servir à rien car le roi regagnera peu après sa prison de la tour de Londres pour une question d’honneur.

Notons qu’à un autre moment crucial de son Histoire, la France va se donner une nouvelle monnaie. Ce sera en 1960 avec la création par le général de Gaulle du«nouveau franc» en guise de cadeau d’avènement de la Ve République.

- Solution 4 : faire un «beau» mariage

Quatrième méthode pratiquée avec art par tous les souverains : les mariages et les dots – un tour de passe-passe malheureusement impossible sous nos pauvres Républiques...

Au XVIe siècle, François Ier marie ainsi son fils Henri à Catherine de Médicis, héritière d’une grande famille florentine, mais dont les quartiers de noblesse laissent à désirer… L’argent fait taire les plus réticents, car à l’époque, tout commence à se marchander, même l’honneur, et le contrat stipule que la dot de la promise viendra fort à propos combler le déficit royal, à savoir 100.000 écus d’argent et 28.000 écus de bijoux.

Voilà Catherine de Médicis reléguée au rang de monnaie d’échange, simple bouche-trou des finances du royaume – il faut dire que l’ambitieuse Diane de Poitiers règne en solo sur le cœur du prince Henri.

Marie de Médicis, par PourbusPourquoi se priver en tout cas d’une formule qui marche en évitant d’augmenter les impôts ? Les Médicis vont récidiver soixante-dix ans plus tard en apportant une fois de plus une dot conséquente pour que Marie, lointaine cousine de Catherine, entre à son tour dans l’une des cours les plus puissantes du monde en épousant Henri IV en 1600.

Cela tombe bien, les caisses du royaume sont à nouveau vides après les guerres de religion et la somme de 600.000 écus d’or proposée par la famille du Grand-duc de Toscane emporte la décision, au grand soulagement du ministre Sully.

La moitié de la somme permet de rembourser illico les dettes contractées auprès de la banque Médicis. Un bon point pour la France, un mauvais pour Marie qui devient aux yeux de la cour «la grosse banquière», manière peu élégante de faire allusion à un embonpoint certain.

Les alliances de sang entre les souverains et les banquiers prouvent en tout cas la nouvelle puissance de ces derniers. Ces princes de la finance développent et encouragent la dette publique.

Au début, cependant, le souverain reste maître chez lui et dicte souvent ses conditions aux banquiers de Florence ou Venise, sans s’encombrer de questions d’honneur, valable uniquement pour les liens féodaux. Les rois font donc appel à eux, mais ne remboursent pas toujours !

- Solution 5 : se déclarer en défaut de paiement

C’est la cinquième solution, véritable arme de destruction massive à la disposition de nos princes : le défaut de payement pur et simple, moyen commode d’effacer une ardoise, au détriment du créancier. Ainsi en 1337, lorsque le jeune roi d’Angleterre Édouard III entend faire valoir ses droits sur la couronne de France, il s’adresse aux banquiers italiens, les Bardi et les Peruzzi, pour financer son offensive.

Mais à l’issue de cette offensive, à l’origine de la fameuse guerre de Cent ans, il se retrouve dans l’incapacité de rembourser et décide carrément de répudier sa dette au détriment des banques qui n’ont jamais revu leur argent… C’est le risque du métier.

La méthode reste toutefois périlleuse car les banquiers y regardent ensuite à deux fois avant d’avancer de nouveaux fonds. Mais un jour ou l’autre, ils finissent par se raviser : comment ne pas prêter aux plus grands souverains d’Europe qui peuvent, par une guerre victorieuse, rembourser avec de confortables intérêts ? Aux banquiers d’être habiles et prévoyants, prêtant à l’un, faisant patienter l’autre, agissant dans l’ombre pour soutenir des stratégies gagnantes ou hasardeuses, comme ce fut le cas pendant la grande rivalité entre François Ier et Charles Quint, au cours du XVIe siècle.

Pour financer sa politique, l’empereur hypothèque les ressources de l’Espagne auprès de ses banquiers. Le royaume, déjà en voie d’appauvrissement, sera conduit à répudier sa dette à plusieurs reprises au cours du 17e puis du 19e siècles, ne pouvant honorer les échéances…

La France n’est pas en reste puisqu’elle se déclarera en défaut de paiement à huit reprises entre le 16e et le 18e siècles - dont quatre fois sous le règne de Louis XIV. Mais il est vrai qu’à l’époque, le pays dictait sa loi au monde...

- Solution 6 : fabriquer de la monnaie

La sixième solution est nettement plus contemporaine, puisqu’elle fait appel au mécanisme inflationniste : il s’agit du fameux système Law, du nom de ce banquier écossais inventif qui réussit en 1717 à vendre son idée à un Régent pris à la gorge.

Spéculateurs de la rue Quincampoix (gravure, 1720)Sur le papier, le principe est simple : il s’agit de créer une banque qui va émettre du papier-monnaie (une première en France) garanti par un capital d’or et d’argent. Devenue banque royale en 1718, la nouvelle institution rachète la dette de l’État mais obtient en contrepartie de percevoir les impôts indirects du royaume.

Les actions s’envolent dans une spéculation sans borne : on achète un jour et on vend dès le lendemain avec une belle plus-value ; la bulle gonfle artificiellement pendant que la planche à billets fonctionne à plein régime, favorisant l’inflation.

Hélas, le beau scénario s’effondre lorsque les notables se rendent compte qu’ils ne possèdent que du vent… Lorsqu’ils commencent à demander le remboursement du papier en or, c’est la banqueroute ! Law s’enfuit en évitant de peu le lynchage. Il aura tout de même permis de diviser la dette de moitié.

Après cette pause, les mauvaises habitudes reprennent. Le gouvernement renoue avec le déficit alors que la France est au comble de la prospérité, avec une agriculture, un commerce et des industries en pleine expansion.

Les guerres – notamment celle d’Amérique sous Louis XVI - coûtent cher au Trésor de même que les dépenses somptuaires de la Cour.

Mais les principales causes du déficit sont dans l’injuste répartition de l’impôt et dans une collecte très défectueuse. Au siècle précédent, on a étendu les privilèges fiscaux des plus riches au détriment des plus modestes. On a aussi confié la collecte de l’impôt à des financiers privés, les «fermiers généraux», ouvrant la voie à de nombreux abus.

Le roi Louis XVI recule devant l’indispensable réforme qui ferait contribuer plus largement aux impôts la noblesse et le clergé. Ses hésitations et la fronde des puissants arc-boutés sur leurs privilèges débouchent sur la Révolution française.

- Solution 7: spolier les possédants

La toute jeune Assemblée nationale ne prend pas de gants. Elle proclame l’égalité de tous devant l’impôt mais n’ayant pas les moyens de faire rentrer les impôts, adopte une nouvelle solution pour tenter de combler le déficit public : elle fait main basse sur les biens de l’Église, soit au bas mot trois milliards de livres qui sont proclamés «biens nationaux» (terres, couvents, hôpitaux, écoles, églises…).

Jamais de transferts aussi massifs de richesses n’ont eu lieu en France, provoquant toutes sortes de combines et de rachats de biens en sous-main, avec leur lot de pots-de-vin, pour le plus grand bonheur de certains aigrefins

Huit ans après la prise de la Bastille, les problèmes d’endettement ne sont pas pour autant réglés mais le nouveau gouvernement du Directoire trouve une solution bien rodée pour renflouer ses caisses : la razzia pure et simple ; solution habituelle à tous les conquérants, de César à Hitler en passant par le calife Omar.

Ainsi, lorsque le général Bonaparte lance son armée dans les terres et les cités opulentes du nord de l’Italie, il organise les pillages de monastères et d’églises, fond sur place l’or et l’argent, rançonne les villes et impose des contributions aux territoires conquis, tel un nouvel Alexandre.

On estime à 46 millions de francs le butin saisi en Italie pendant la seule année 1796, une somme, à comparer au déficit global des finances de l’époque : 240 millions. La morale est simple : quand on ne peut vraiment plus payer, on finit toujours par se servir chez les autres.

Le gouvernement français n'en est pas moins obligé en 1801 de se déclarer une nouvelle fois en défaut de paiement. Mais il ne réemploiera plus jamais cette arme de destruction massive... jusqu'à nos jours.

La dette, plus actuelle que jamais

Après la chute de l’Empire, en 1815, il n’est plus question pour les Français de razzias ou de spoliations. Le temps est à la paix et au travail. Les gouvernements de la Restauration s'attellent à rembourser les dettes et les réparations héritées de l'Empire. Pour cela, ils réduisent les dépenses militaires. Ca tombe bien, la conjoncture a rarement été aussi pacifique. D'autre part, ils recourent à l'emprunt. 

Très vite la révolution industrielle éloigne le spectre de la dette.

Quand la France, défaite par l’Allemagne en 1871, se voit imposer un très lourd tribut de cinq milliards de francs, elle se flatte de le régler en avance sur les échéances, tant est élevée l’épargne nationale. Paris est alors la deuxième  place financière du monde derrière Londres (heureuse époque...).

Tout se gâte avec la Grande Guerre de 1914-1918. Menacée dans sa survie, la France mobilise ses ressources humaines mais aussi financières. Il n’y a pas de rigueur budgétaire qui vaille. Heureusement, aucune «règle d’or» constitutionnelle ne vient entraver l'action du gouvernement. Celui-ci s’endette donc massivement auprès des États-Unis pour se pourvoir en armements et en biens de première nécessité, sans regarder à la dépense.

La victoire ne règle rien car l’Allemagne vaincue tarde à verser les «réparations»qui lui sont réclamées tandis que les États-Unis ne voient pas de raison d’annuler leurs créances auprès de leurs alliés français et britanniques.

Depuis lors, les gouvernements français sont régulièrement confrontés à des déficits budgétaires et à des solutions plus ou moins idoines qui ne sont pas sans rappeler celles de l’ancienne monarchie de droit divin : impôts nouveaux, inflation rampante, dévaluation, émission de monnaie papier, nationalisation du secteur bancaire…

Rigueur budgétaire contre instabilité monétaire

La fin de la Grande Guerre inaugure une crise prolongée en Europe, tant chez les vaincus que chez les vainqueurs, la France et l’Angleterre. Les budgets connaissent des déficits structurels et les balances commerciales connaissent des déficits structurels.

Raymond Poincaré (20 août 1860 à Bar-le-Duc - 15 octobre 1934 à Paris)En 1928, deux ans après un plan de rigueur efficace, le gouvernement Poincaré se résout à l'inévitable : la dévaluation, au grand scandale de ceux qui faisaient de la stabilité du «franc germinal» hérité de Bonaparte le symbole de la grandeur française.

Mais cette dévaluation arrive trop tard. Lacrise boursière qui explose à Wall Streetl’année suivante entraîne le monde dans la récession et le chômage. Arrimés à la stabilité de leur monnaie, les gouvernements ne voient d’autre réponse que la «déflation», autre nom de la rigueur budgétaire, laquelle n’arrange rien.

Après la Seconde Guerre mondiale, les«Trente Glorieuses» offrent à la France et à l’Europe une nouvelle embellie.

Mais les déficits budgétaires reviennent dès les années 1970 avec une forme de«privatisation de l’impôt». Le gouvernement fait appel aux financiers privés pour solder ses fins de mois. Il engage aussi la privatisation des services publics. Comme au temps de Louis XIV et des fermiers généraux, l'État offre ainsi aux détenteurs de capitaux des rentes de situation plus confortables que l’investissement dans l’industrie...

Marc Fourny

14/04/2012

Savez-vous quel est le prénom le plus répandu en Russie? N'allez surtout pas dire que c'est Ivan. Que nenni! C'est Alexandre, parce que les Russes raffolent d'Alexandre Nevski (saint protecteur de la Russie).

La Russie, une civilisation militaire et orthodoxe

13.04.2012, 20:54

La Russie, une civilisation militaire et orthodoxe

Photo: RIA Novosti
 
     
Savez-vous quel est le prénom le plus répandu en Russie ? N’allez pas surtout me dire que c’est Ivan. Vous seriez complètement à côté de la plaque ! Non, c’est Alexandre. Et pourquoi ? Parce que les Russes raffolent d’Alexandre Nevski qui est le saint protecteur de la Russie.


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Phénomène bizarre mais même la période soviétique n’a pas cherché à faire ternir son blason. Ce prince russe historique a combattu l’Ordre des chevaliers teutoniques qui ont voulu rechristianiser une Russie déjà chrétienne suivant à la lettre une bulle du Pape qui a déclaré la Russie « terre de mission » ce qui veut dire terre habitée par les sauvages païens à civiliser manu militari. Quelques siècles plus tard c’est les Japonais que le pape voudrait civiliser avec son Traité de Macao donnant quartier libre aux jésuites espagnols et portugais. Les Russes, aussi bien que les Japonais un peu plus tard ont fermé leurs frontières et ont su préserver leur civilisation ancestrale. Dans le subconscient collectif russe le Saint Alexandre Nevski est le pendant exact de Jeanne d’Arc pour les Français. Il est moins connu qu’il a également fait la paix avec l’empire Tataro-Mongol. Gengis-khan n’a jamais conquis Novgorod et Pskov qui se trouvaient un peu trop loin dans la forêt au goût des Tatars des steppes. Et ces deux villes ont été justement le fief de Nevski. Mais Nevski a pu comprendre que l’union des terres russes même sous la houlette des Tatars aurait la force de s’opposer à l’envahisseur occidental. Il avait d’ailleurs raison, car au temps où Paris comptait juste quelques centaines de milliers d’habitants, la Horde d’Or, capitale de l’Empire mongole en dénombrait plus d’un million. Ce bref exposé historique explicite quelque peu l’attitude des Russes à l’égard des envahisseurs et de leur propre religion.

L’orthodoxie est solidement ancrée dans le peuple le mot orthodoxe en russe étant d’ailleurs apparenté au mot slave.Et quoi qu’on en dise, l’idée nationale russe transite forcément par ce point-là. Mais le dualisme russe fait que l’idée d’orthodoxie va de pair avec l’idée de la défense de la foi contre une menace omniprésente. C’est enraciné dans la conscience nationale et cela prend ses débuts à l’époque d’Alexandre Nevski qui a jeté les bases de la nation. La culture chevaleresque de l’armée Blanche qui a combattu les bolchéviks, ces diables rouges des temps modernes, n’a fait qu’approfondir le sentiment militaire et religieux. On défend sa foi. On défend l’Europe contre la peste rouge, on sauve la civilisation. Autrement dit tout en se sachant à ses marches, le peuple russe se pense en protecteur de la civilisation européenne dont la France incarne le centre.

Pour comprendre les Russes il faut forcément en tenir compte et point les représenter en barbares assoiffés de sang. Les Européens peuvent s’en étonner mais pas une seule fois les Russes n’ont mené des guerres offensives sur le territoire européen. Certes, il y a eu l’annexion de la Finlande et la conquête de la Pologne. Mais il ne faut pourtant pas oublier que la Finlande n’a jamais été indépendante étant, avant les Russes, sous le contrôle suédois et c’est les Suédois qui pendant plusieurs siècles ont cherché noise à Moscou. Enfin la Pologne a commencé par conquérir le Kremlin au dix-septième siècle et a tenté une catholicisation accélérée partiellement réussie en Ukraine.

Donc en guise de conclusion on peut avancer que bien qu’armés jusqu’aux dents les Russes n’ont toujours cherché qu’à protéger leur espace national animé par la foi orthodoxe. Le mysticisme de l’orthodoxie s’est d’un coup accru de l’hostilité de l’espace habité. Les Français ne connaissent que trop bien cette image d’une Russie aux étendues glaciales infinies allant de l’océan Arctique à la Chine et de l’Allemagne aux Etats-Unis par le détroit de Béring. On comprend que sur ce territoire il fallait lutter beaucoup plus contre les éléments naturels que contre les tribus locales toutes assimilées et incluses dans le génome russe à la différence des Américains qui ont carrément exterminés leurs Indiens en ouvrant la chasse aux scalps.

Autrement dit il est plus facile de se sentir proche de Dieu et comprendre la futilité de l’existence humaine quand on passe toute sa vie à courir les forêts marécageuses peu habitées et les steppes désertes. L’idée de la protection de sa propre culture hantait les Russes qui endiguaient à la fois les catholiques occidentaux et l’Empire Ottoman faisant commerce des esclaves slaves.

Si vous acceptez cette vision, vous comprendrez mieux l’importance rattachée par les Russes au développement de leurs Forces Armées et de la science y compris l’espace. On ne peut survivre dans ces plaines sans maîtriser les connaissances scientifiques qui vous aident à vous organiser. Et l’espace du cosmos n’est pas très différent des conditions de vie en Yakoutie où la température peut descendre jusqu’à moins 80 par les jours des tempêtes de neige. On dit qu’il n’y a que les loups polaires qui peuvent supporter ce froid lunaire.

D’autre part, sans armée la Russie se serait fait dépecer depuis longtemps. De ce point de vue pour être un homme il faut être un militaire et accomplir son devoir c'est-à-dire défendre la religion orthodoxe qui préserve la version pure du christianisme. Au jour d‘aujourd’hui les Russes parlent de l’idée nationale qui doive leur servir de phare pour s’orienter dans le monde moderne. Il paraît que l’idée nationale russe est toute trouvée et c’est justement la défense de la civilisation européenne et du christianisme. Les Russes sont au nombre de plus 143 millions dont 120 millions professent l’orthodoxie. D’aucuns en France comme Yvan Blot ou encore Charles Pasqua l’ont compris depuis longtemps.

Cet esprit spécial, on le sent surtout la veille de Pâques orthodoxe. Même dans les grandes villes les Russes sont nombreux à respecter le Carême qui dure plus de 40 jours. Même les cantines d’entreprise en tiennent compte pour élaborer leurs menus et vous proposent au choix le menu normal ou celui du Carême. Il en va de même pour fêter Noël ou le Baptême du Christ quand des milliers de personnes plongent dans l’eau glacée par moins vingt et els autres les acclament à grands cris. Les musulmans cohabitant depuis la nuit des temps avec les orthodoxes ont assisté à cette renaissance spirituelle de nos jours et ne cherchent plus à promouvoir l’islam ce qui se comprend parce qu’ils sont confrontés à un peuple plus nombreux et plus fort qui forme ensemble avec eux la même nation historique.

Alors la veille de Pâques orthodoxe quand le feu béni doit s’allumer tout seul à Jérusalem et sera transporté partout à travers le monde y copris à la cathédrale Alexandre Nevski rue Daru à Paris, je vous souhaite la paix et le bonheur espérant que les Russes seront toujours là pour veiller à la préservation de la traditionnelle civilisation européenne.

11/01/2012

Un peu d'histoire pour compenser celle absente dans les cours en France. Jeu des 7 erreurs : Pierre 1er le Grand et Poutine.

Pierre 1er le Grand (1672 - 1725)
Un géant visionnaire

D'une taille hors du commun (2,04 mètres) et d'une énergie à toute épreuve, Pierre le Grand est le quatrième souverain de la dynastie des Romanov et sans doute le plus grand (dans tous les sens du terme).

Sans ménagement, avec brutalité et à coup d'oukazes (décrets), il tente de faire entrer son pays dans la modernité et de le raccrocher à l'Occident européen.

Une succession trouble

Le 7 mai 1682 meurt le tsar Fédor III (ou Théodore III), fils d'Alexis 1er et petit-fils de Michel Romanov.

Son frère cadet est proclamé tsar de Moscovie sous le nom d'Ivan V. Mais comme il est simple d'esprit, aveugle et muet, il partage le trône avec son demi-frère Pierre (10 ans), né de Natalia Narychkina.

Sophie, sœur d'Ivan V, s'attribue la régence avec le soutien des régiments de la garde du prince Khawanyky, les redoutables«streltsi».

Abandonné à lui-même, le jeune Pierre grandit à l'écart, sous la houlette d'un précepteur allemand. Il fréquente assidûment les étrangers qui résident à Moscou et s'initie auprès d'eux aux sciences et aux techniques modernes.

En août 1689, Sophie se voit forcée de lâcher le pouvoir et celui-ci est repris par Natalia, mère de Pierre, jusqu'à sa mort, en 1694. Enfin, à la mort d'Ivan V, en janvier 1696, Pierre 1er peut se présenter comme le seul maître de toutes les Russies. Il a 24 ans.

Le grand large

Sans attendre, en juillet 1696, Pierre enlève aux Turcs ottomans la cidadelle d'Azov, avec l'aide de techniciens européens. Ainsi donne-t-il aux Russes un accès à la mer Noire. C'est une première fenêtre sur l'Occident.

Après ce premier succès, le tsar désire compléter sa formation. Il part incognito en mars 1697 pour une «Grande Ambassade» de 18 mois et se rend aux Provinces-Unies, à Venise et en Angleterre. Il apprend le métier de charpentier naval à Amsterdam et recrute 500 marins hollandais.

Obligé d'interrompre son périple en raison d'une révolte des «streltsi», il réprime celle-ci et ne perd pas de temps.

Par un oukaze en date du 5 septembre 1698, il ordonne aux courtisans de se raser la barbe comme lui et de se vêtir à l'occidentale et non plus à la façon byzantine ou tartare. Les popes(prêtres) et les moujiks (paysans) sont toutefois dispensés de ces mesures. Puis il légalise l'usage du tabac et impose le calendrier occidental.

La Russie devient une puissance européenne

En 1699, il fonde une imprimerie et crée à Moscou une école d'artillerie. Il constitue une marine et une armée sur le modèle allemand et déclenche une guerre contre laSuède, qui domine la mer Baltique, en s'alliant avec le Danemark et la Pologne.

Prématurée, cette «deuxième guerre du Nord» se solde par une sévère défaite à Narva, le 20 novembre 1700, face aux Suédois de Charles XII.

Pierre 1er ne se décourage pas pour autant... Profitant d'un répit sur le front extérieur, il décide de déporter sa capitale à l'embouchure de la Neva, sur la mer Baltique, au plus près de l'Occident tant admiré. Ce sera Saint-Pétersbourg.

Dans le même temps, il instaure la conscription en astreignant un paysan sur 75 à servir dans l'armée pendant 25 ans ! C'est ainsi que le 8 juillet 1709, il peut enfin prendre une revanche sur Charles XII en le défaisant à Poltava. Cette victoire est payée au prix fort par les paysans russes car Pierre 1er pratique devant son adversaire la tactique de la «terre brûlée», comme après lui Alexandre 1er face à Napoléon et Staline face à Hitler.

Ce succès sur le front balte est gâché par une sévère défaite face aux Turcs qui reprennent Azov.

Une brute inflexible

Le tsar se montre aussi actif en politique intérieure qu'à la guerre. En 1717, il effectue un voyage officiel en France et visite à cette occasion la bibliothèque Mazarine, la Sorbonne et encore l'Académie française.

De retour à Saint-Pétersbourg, il s'attache à développer l'enseignement supérieur. Il centralise l'administration et en 1722, promulgue la Table des rangs, qui met en forme les obligations des nobles. En échange de privilèges accrus, ces derniers sont désormais astreints au service de l'État selon une hiérarchie très codifiée.

Mais Pierre 1er brouille son image de souverain moderniste par sa brutalité. Celle-ci s'exerce sur ses opposants, comme les streltsi, mais aussi contre son propre fils aîné, Alexis, mis à mort en 1718 parce qu'il anime le clan conservateur.

C'est que les réformes autoritaires et quelque peu brouillonnes de Pierre le Grand dressent contre lui un large front d'opposants, des religieux aux conservateurs. Ces réformes témoignent d'un succès très relatif tant elles sont pétries de contradictions.

Ainsi le tsar incite-t-il les possédants à investir dans l'agriculture et l'industrie tout en développant le servage chez les paysans et les ouvriers. Il veut produire des élites mais dédaigne l'enseignement primaire et prive de ce fait les enfants doués des classes populaires de toute chance d'ascension sociale.

La démarche de Pierre 1er sera reprise avec plus ou moins de bonheur dans les siècles suivants par de nombreux tyrans modernisateurs, tant en Russie (Staline) que dans les pays émergents (Iran, Turquie, Brésil, Espagne, Italie...).

09:14 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : www.herodote.net